Comment une économie bascule-t-elle en mode « guerre » ? C'est la question que se pose Nathalie Janson dans cet épisode des Classiques de l'économie.
Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, elle analyse les bouleversements économiques que traverse le pays. Fini le capital et le travail dirigés vers les activités les plus rentables et demandées par les consommateurs. Désormais, la priorité est la défense nationale : l'acier sert aux blindés plutôt qu'aux immeubles, l'énergie alimente les infrastructures stratégiques, les ingénieurs conçoivent des drones plutôt que des applications.
Résultat : une explosion des dépenses militaires, qui représentent près d'un tiers du PIB ukrainien. Parallèlement, le PIB s'est contracté d'environ 30% la première année de l'invasion. Les recettes fiscales chutent, les dépenses publiques explosent, et la dette atteint des sommets. Pour combler le manque, l'État s'endette massivement, bénéficie de l'aide étrangère et a recours à la création monétaire. Mais cette dernière, conjuguée à la baisse de la production civile, fait inévitablement apparaître l'inflation. En 2022, elle a atteint 26% en Ukraine.
Au-delà de ces bouleversements, la guerre provoque aussi une « épargne forcée » chez les ménages, quand l'offre de biens est restreinte par la destruction des infrastructures et les perturbations logistiques.
Alors, comment sort-on d'une telle économie de guerre ? L'exemple de l'Allemagne de l'Ouest après 1945 est parlant : malgré la destruction massive, le pays a connu un « miracle économique » en moins d'une décennie, grâce à une reconstruction s'accompagnant de réformes institutionnelles majeures. L'aide du plan Marshall a joué un rôle d'amorçage, mais c'est bien la solidité des institutions qui a permis aux investissements privés de produire pleinement leurs effets.
C'est le défi qui attend aujourd'hui l'Ukraine : la reconstruction estimée à plus de 400 milliards de dollars ne suffira pas. Il faudra aussi rebâtir la confiance des investisseurs, des entrepreneurs et des partenaires européens, en mettant en place des règles du jeu claires, stables et transparentes. Car c'est la qualité des institutions qui transformera cette reconstruction en véritable renaissance économique.
