J’ai découvert le travail de Stéphanie Pillonca à l’occasion de la sortie du film Un invincible été, en mai 2023.
Un mois plus tard, pour la deuxième édition du festival photographique Réflexivité(s), j’obtiens l’accord du producteur afin de le projeter au cinéma Le Cigalon, à Cucuron. Le film me bouleverse.
Son titre, emprunté à Albert Camus, « Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été », résonne autrement dans le Luberon. L’écrivain a vécu ici, à Lourmarin. En plein mois de juillet, dans la salle obscure, ils sont douze. Douze aficionados qui rient et pleurent. Le guichetier me glisse, presque complice : « C’est un succès total. »
Dans Un invincible été, Stéphanie signe le portrait d’Olivier Goy, entrepreneur confronté à la maladie de Charcot, la SLA. Elle nous confie :
« Au début, j’ai dit non. Je ne voulais pas faire un film sur une maladie. Ça me semblait déjà vu. Puis j’ai rencontré Olivier. Et sa manière de parler de sa vie m’a fait changer d’avis ». Elle comprend alors qu’il ne veut pas parler de sa maladie. Il veut parler de vie afin de transformer son histoire en action utile pour les autres.
Le tournage devient une course contre la montre, sa parole décline. Le dernier jour de tournage, juste après le clap de fin, il ne parlera plus. Et Stéphanie ajoute, avec un sourire qu’on devine : « Quoique… depuis, il n’a jamais autant parlé. »*
Ce film s’inscrit dans une œuvre plus vaste où Stéphanie aborde les situations humaines les plus sensibles avec une précision documentaire qui n’efface jamais la délicatesse.
Après des études de comédie au Conservatoire de Toulon, Stéphanie Pillonca rejoint La Classe Libre du Cours Florent à Paris. Elle commence devant la caméra, apprend le rythme, la lumière, la tension d’un plateau. Entre 1998 et 2001, elle travaille à la télévision, chroniqueuse, animatrice, notamment pour Exclusif. Elle passe par la Star Academy.
Elle observe. Elle absorbe. Mais très vite, ce n’est plus l’exposition qui l’intéresse. C’est le regard.
En vingt ans, elle construit une œuvre qui refuse le spectaculaire pour lui préférer l’intime. Documentaire ou fiction, peu importe la frontière. Ce qui l’attire, ce sont les trajectoires fragiles, les endroits où la vie vacille.
- Elle filme une femme qui réapprend à marcher après un traumatisme.
- Une communauté religieuse isolée du monde.
- Des parents confrontés au handicap.
- Des enfants que l’on attend.
- Des adolescents que la justice regarde déjà autrement.
Toujours la même attention, avec toujours la même retenue.
En fiction, elle ne change pas de cap. Elle s’empare de l’autisme, du déni de grossesse, du cancer du sein, du handicap à l’adolescence. Non pour illustrer un sujet de société, mais pour raconter des vies traversées par ces réalités.
- Dans Handigang, elle choisit un casting inclusif.
- Dans Les Randonneuses, elle accompagne six femmes sur un sentier de montagne qui devient un chemin intérieur.
- Dans Je te promets, adaptation française de This Is Us, elle travaille la nuance, l’émotion tenue, le lien invisible entre les êtres.
Ce qu’elle cherche, ce n’est pas le réel brut. C’est la vérité émotionnelle. Regarder là où d’autres préfèrent détourner les yeux et le faire sans pathos.
Son dernier long métrage de fiction, Jours d’après, marque une étape forte dans sa carrière. Le travail est fait, elle attend la sortie du film et la promotion. Elle adore la promotion.
*Olivier Goy a enregistré sa voix avant de la perdre définitivement. Il s’exprime désormais avec sa voix de synthèse.
Studio Revolver à Boulogne Billancourt
Enregistrement au Club We Are Paris
Producteur et animateur Boris Pierre
