Réparties

Judith Housez

Un programme de rencontres, littéraires et artistiques, entre l'animatrice qui est également autrice et productrice audiovisuelle, et des écrivains.

26/05/2026
Nous sommes entrés dans l’ère de la chimère, les images ont perdu leur statut de représentation du réel. Reste l’écrit qui pourrait prendre la relève pour dire la réalité, et a fortiori celle de l’auteur ? Dans notre monde au narcissisme débordant, raconter son vécu, ou celui de ses parents, mener l’enquête sur un passé dans ce qu’il aurait de plus réel, dans un pacte de sincérité avec le lecteur, semble être devenu le passage obligé de tout auteur. Récit, autofiction, roman vrai… Ce qui compte, c’est de retrouver son moi au milieu des chimères. Dévoilement ou au contraire construction du moi par le récit à l’échelle 1 : s’agit-il d’opposer vérité contre fiction ? Peut-on parler d’une forme de bannissement de l’imagination au profit de la mémoire et de la sincérité ?Pour en débattre, Judith Housez invite le philosophe Pascal Bruckner, théoricien du narcissisme exacerbé de notre époque mais aussi auteur d’un très beau récit sur sa mère, intitulé De mère inconnue, et Colombe Schneck, dont l’oeuvre romanesque appartient au genre de l’autofiction. Nos deux invités prônent un retour vers le réel grâce à l’écriture sur soi dans une méthodologie de l’enquête.De quel « soi » s’agit-il quand on parle d’ « écriture sur soi » ? Quelle vérité du moi peut-on espérer ? On peut légitimement se demander ce qui pousse le lecteur à s’intéresser aux écrits égotistes. Une « pulsion du véridique » serait-elle à l’œuvre ? Le lecteur sé trouverait-il ainsi « piégé » par l’affirmation que ce qui est écrit est vrai ou véridique ?Avec l’écriture sur soi, s’agit-il de fabriquer un moi, de le constituer plutôt que de l’exprimer ? Par-delà l’éternel exercice philosophique du « Connais-toi toi-même », dans un roman, le narrateur, le « soi », ne bascule-t-il pas en personnage de fiction ? A la fin, est-ce toujours la fiction qui l’emporte ? - Pascal Bruckner, philosophe, romancier et essayiste- Colombe Schneck, autrice et journaliste- De mère inconnue, de Pascal Bruckner (Grasset, 263 pages)- Philip & moi, de Colombe Schneck (Stock, 360 pages)
Réparties, une conversation éclairée, pour découvrir l’actualité culturelle et les questions qu’elle pose à notre société d’aujourd’hui.Domaines : Arts, Histoire, Savoirs.En Iran, les manifestants du mouvement Femme, Vie, Liberté brandissent le portrait de Forough Farrokhzad, déclament sa poésie. Celle que les Iraniens ont élevée au rang de mythe, au point de l’appeler simplement Forough, a vécu sous le règne du Shah. Encensée mais condamnée par les bien-pensants pour sa vie jugée dissolue, elle est morte à 32 ans dans un accident de voiture en 1964, laissant une magnifique œuvre poétique de l’intimité, de l’amour, du désir, de la jeunesse. Une poésie du dévoilement au féminin et au singulier. Si l’obscurantisme religieux veut effacer l’individu en commençant par les femmes, dans une guerre de propagande qui est une aussi une guerre des mots, les Editions Gallimard publient à point nommé les œuvres complètes de Forough, icône persane de la jeunesse éternelle. Lire cette poésie, c’est découvrir la force de la culture persane laïque, combative, millénaire. Le moment politique et le moment poétique s’avèrent indissociables.En compagnie de Sara Yalda, autrice de Regard persan, et de Leïli Anvar, traductrice des œuvres complètes de Forough Farrokhzad, allons nous aussi à la rencontre de cette voix singulière, d’une poésie au féminin. Il y a certes l’histoire du personnage qu’elle fut, aux talents multiples – elle réalisa aussi un extraordinaire documentaire sur une léproserie, La Maison noire -, mais, par-delà sa starification, faisons vivre cette voix de femme égotiste, au cœur de la culture actuelle des Iraniens. Dans les cinq recueils de Forough, l’aveu et la réconciliation forment deux faces d’un même projet poétique moderne. L’humain se dévoile par le singulier. - Leili Anvar, Maître de Conférence à l’INALCO, iranologue, traductrice, journaliste au Monde des Religions- Sara Yalda, écrivain
Faire du théâtre «une école de mœurs et de vertu»: Diderot l’appelait de ses vœux, et Beaumarchais, quelques années plus tard, triomphait avec Le Mariage de Figaro ou la folle journée. Cette pièce de théâtre, devenue pour nous une véritable anamorphose du XVIIIème siècle, reste le plus magnifique plaidoyer des Lumières pour l’égalité des hommes.Mise en scène de la vie, événement personnel et collectif, le théâtre, dans la puissance de sa parole vivante, incarnée, serait-il aujourd’hui encore l’art le mieux placé pour s’élever contre l’injustice? Certes, la Justice d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec la justice «retenue» de l’Ancien régime. Ce sont les travers de notre système judiciaire qui peuvent être mis en cause, le sacrifice d’innocents à travers l’invention de coupables.Quel serait le meilleur genre pour défendre ses idées sur une scène? Interrogeons-nous avec Jean-Pierre de Beaumarchais et Jean-Marie Rouart, de l’Académie française. Pour sa nouvelle pièce intitulée Drôle de justice, celui-ci a inventé le terme de «vaudeville judiciaire». La fiction, parce qu’elle raconte les contradictions d’individus, n’apporte-t-elle pas la plénitude de sens dont les questions de justice ont besoin? Le théâtre peut-il faire office de cour d’appel? Et si l’importance de son combat, par-delà son utilité, résidait dans le témoignage d’une humanité…- Jean-Marie Rouart, de l’Académie française, écrivain- Jean-Pierre de Beaumarchais, bibliographe, dramaturge- Drôle de Justice, une pièce de Jean-Marie Rouart au Théâtre de Passy 75016 Paris (texte publié aux Editions Albin Michel)- Main droite, main gauche - dialogue, Jean-Pierre de Beaumarchais (Editions P.U.F., 64 pages)
Réparties, une conversation éclairée, pour découvrir l’actualité culturelle et les questions qu’elle pose à notre société d’aujourd’hui.Domaines: Arts, Histoire, Savoirs.Réparties, Emission: «LE RETOUR DE LA FIGURATION EN PEINTURE EN FRANCE?»Depuis le début des années 1970, les musées, institutions publiques et galeries en France ont pris le parti de l’art abstrait et conceptuel, embrassant la tutelle de Marcel Duchamp au détriment de la peinture figurative. Cet antagonisme qui perpétuait notre querelle des Anciens et des Modernes, n’a jamais existé de façon si aigüe dans les autres pays occidentaux.Mais aujourd’hui, les peintres figuratifs vivants reprennent le devant de la scène, et le public les suit.Qui sont ces peintreset quelles seraient les explications d’un tel regain de la figuration? Assiste-t-on à un volte-face de l’histoire de l’art, que l’on a eu (trop) coutume d’envisager comme linéaire, tendant vers l’abstraction comme une fin? S’agit-il d’un retour aux «beaux-arts»? La peinture figurative peut être mimétique, dupliquant le réel, ou d’imagination. Les deux coexistent aujourd’hui, nous laissant penser que cette «nouvelle peinture figurative» serait aussi le fruit des avant-gardes du XXème siècle. Comment un tel phénomène s’explique-t-il?Ce temps long de l’acte de peindre le réel pose la question d’un rapport renouvelé à notre réel, mais aussi à l’image, alors que le «tout-photographique», le «tout-selfie», est devenu caractéristique de notre ère digitalisée: une ère de la chimère, car avec l’intelligence artificielle, comment désormais croire à la véracité d’une image?- Jean de Loisy, critique d’art, ancien président du Palais de Tokyo à Paris et de l’Ecole Nationale supérieure des Beaux-Arts, commissaire d’expositions- Jean-Hubert Martin, historien de l’art, ancien directeur du Musée national d’art moderne – Centre Pompidou, commissaire d’expositions.
«Il faut faire parler les silences de l’Histoire, ces terribles instants où elle ne dit plus rien, et qui sont justement ses moments les plus tragiques.» Le roman serait-il une réponse à cette injonction de Jules Michelet ?Le roman est une puissante subjectivité aux prises avec le temps et la mémoire, alors que l’Histoire appartient aux sciences humaines: voici deux ambitions contradictoires pour appréhender la vie humaine. Et pourtant, ne peut-on voir le romancier comme un Prométhée volant le feu aux Historienslorsqu’il construit l’imaginaire d’une époque par le sensible et l’imagination? La fécondation entre factuel et fictionnel est réciproque.L’Histoire change, elle devient inclusive, post-coloniale, mondiale. Dans ce contexte, le roman peut-il s’affirmer comme expression des «sans-voix», des minorités ignorées, des subjectivités effacées par la grande Histoire?Entrons dans les arcanes de la création grâce à nos invités: Créer des personnages, c’est devoir pénétrer l’esprit d’une époque, le Zeitgeist, des psychologies particulières. Leurs dialogues donnent la parole au passé… Le choix d’une époque est-il premierpour l’écrivain? Où se situe la liberté du romancier qui s’empare du passé, face aux connaissances historiques? Quelle part accorder au vrai, à la non-fiction?- L’œil du silence, Marc Lambron (Grasset, 470 p.)- 1941, Marc Lambron (Grasset, 416 p.)- Ce sont des choses qui arrivent, Pauline Dreyfus (Grasset, 234 p.)- Le Déjeuner des barricades, Pauline Dreyfus (Grasset, 234 p.)Avec :- Marc Lambron, de l’Académie Française, écrivain- Pauline Dreyfus, autrice