Oppidum, le podcast de l’histoire du Bas-Limousin

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Oppidum veut mieux faire connaître les petites et les grandes histoires qui ont façonné l’ancienne province du Bas-Limousin, de Sornac à Spontour et de Meyssac à Pompadour. En compagnie d’historiens, d’archéologues, d’écrivains ou encore d’universitaires, Oppidum remonte le temps et propose, chaque semaine, un autre regard sur l’histoire… près de chez vous. L’Homme de Neandertal découvert par les abbés Bouyssonnie en 1908 à La Chapelle-aux-Saints était-il le premier corrézien ? Près de Tulle, le sanctuaire de Tintignac a-t-il livré tous ses secrets ? À quoi ressemblait le fleuve Dordogne avant la construction des barrages ? Comment s’est déroulé le sacre de Gondovald le premier et unique roi de Brive ? Le podcast Oppidum remonte le temps et met en exergue des histoires oubliées, incroyables et extraordinaires ou rarement traitées. Chaque semaine, l’équipe vous offre un regard sonore, d’une quinzaine de minutes, sous la forme d’un entretien en face-face avec un spécialiste de l’histoire locale. Pour la première fois, dans cette ancienne province du Bas-Limousin, c’est aussi sous la forme d’un podcast que vous pourrez désormais assouvir votre curiosité, faire le plein de savoirs et rassasier votre soif de connaissances ! Oppidum est disponible gratuitement partout et tout le temps ! Il est distribué sur l’ensemble des plateformes de podcasts (Apple Podcasts, Google Podcast, Ausha, Podcastics…). Grâce à un site dédié, vous pouvez compléter l’écoute d’un épisode grâce à de nombreux bonus exclusifs : iconographies, bibliographies, articles, coulisses du podcast… Oppidum, le podcast de l’histoire du Bas-Lmousin est produit par la Podcast&RadioHouse. Entité de production des Editions HF, spécialistes de l’Audio Digital en Europe, nos studios sont situés Rue Fernand Delmas, dans le centre ville de la Cité Gaillarde. C’est ici que nous recevons celles et ceux qui vous raconteront l’histoire tout au long de cette saison. Une quarantaine d’épisodes ne seront pas de trop pour retracer l’histoire du Bas-Limousin avec plusieurs excursions en Périgord Vert jusqu’au sud de la Haute-Vienne ! Musique : Jonathan Marty-Wagner Voix : Benoît Allemane Animateur : Brulhatour Production : Podcast&Radio House

Saison 1 - Épisode 10 - 01/12/2021
Comme la vallée de la Dordogne à Argentat ou la vallée des Peintres à Crozant, la vallée de la Vézère a, elle aussi, inspiré celles et ceux qui la traversent et qui la côtoient. La Vézère, c’est d’abord une rivière : corrézienne. Cette rivière parfois impétueuse forme une vallée riche d’un patrimoine architectural et de paysages, souvent, eux aussi très inspirants… Elle prend sa source sur le plateau de Millevaches. Elle traverse une partie de la Corrèze en passant par Treignac, Uzerche, Vigeois, Saint-Viance… avant de rejoindre le fleuve Dordogne, dans le Périgord. Au fil de la Vézère, les paysages changent de la Montagne limousine au Pays de Brive. D’abord sauvage et rapide jusqu’au Saillant à Voutezac, la Vézère ralentit et s’élargit. Elle inonde parfois, serpente souvent avant de passer la frontière vers le Périgord où elle est moins impétueuse et intrépide. La première fois qu’il est fait mention de la Vézère c’est en 889 dans des cartulaires monastiques. La Vézère est alors dénommée Vizara. C’est un lieu de passage important au Moyen Âge. On y construit de nombreux ouvrages d’art, des ponts notamment, comme le Pont des Anglais à Treignac ou encore le très surprenant Pont du Saillant qui absorbe la force du courant. Il présente 6 arches aux formes variées, construites en schiste ardoisier. Jadis, le Pont du Saillant était un pont à péage. La Vézère est marquée par une faille qui la traverse. Cette faille va de Figeac (Lot) à Thiviers (Dordogne). Sur les secteurs d’Allassac et de Voutezac, elle possède une typicité géologique : on parle de faille ardoisière qui a donné naissance aux célèbres carrières ardoisières. La rivière est aussi marquée par ses gorges, entre Uzerche et le site du Saillant. Le paysage a évolué, les pentes sont désormais recouvertes de taillis. La Vézère, ce sont aussi les barrages hydrauliques et de nombreux monuments à découvrir comme le château de Comborn à Orgnac-sur-Vézère et de nombreuses églises comme l’abbatiale de Vigeois. Si vous la suivez, vous arriverez en Périgord où vous attend une autre belle histoire. Celle de l’Homme de Cro-Magon. Là-bas, la Vézère traverse la Vallée de l’Homme qui abritent de nombreux sites préhistoriques dont le plus célèbre est incontestablement la Grotte de Lascaux à Montignac…
Elle s’appelait Marie Capelle. Puis rencontra Charles Pouch-Lafarge, maître de forges à Beyssac en Pays de Pompadour. L’histoire d’amour ne dura pas longtemps. Elle fut condamnée à la perpétuité. Quelques décennies plus tard, un corbeau sévit à Tulle. Il signait ses lettres anonymes L'Œil de tigre. Ces deux affaires connurent un retentissement qui dépassa les frontières du Bas-Limousin jusqu’à leur adaptation au cinéma… Le point commun de ces deux affaires ? Elles se déroulent dans le Bas-Limousin. Mais, plus encore, la presse locale en fait régulièrement ses choux gras. Y compris de nombreux auteurs qui s’intéressent encore aux tenants et aux aboutissants et sans compter les conférences et autres allusions touristiques. L’Affaire Marie Lafarge se déroule sous la Monarchie de juillet (nous sommes en 1840). Celle du Corbeau de Tulle se déroule à la fin de la Grande Guerre (nous sommes en 1917). La première prend racine au Glandier sur la commune de Beyssac, près de Pompadour. La seconde, rue de la Barrière dans la capitale départementale. Deux mots sur le très imposant site du Glandier au milieu des picadis beyssacois ; Le site vaut visuellement le détour. C’est une ancienne chartreuse fondée au XIIIe siècle sous l’impulsion d’un Comborn. Il est la propriété des Lafarge depuis le début du XIXe. Pas loin, on peut y observer le Canal du des Chartreux construit au XVe siècle. Une jeune fille de bonne famille Marie Capelle se marie avec Lafarge en 1839. Le mariage est célébré à Notre-Dame de Paris. Lafarge est maître de forges au Glandier de Beyssac. Il est aussi le maire de la commune. Il trépasse le 14 janvier 1840. Huit après, Marie Capelle, veuve Lafarge est condamnée aux travaux à perpétuité par la Cour d’assises de Tulle. L’affaire oscille entre l’erreur judiciaire et le crime parfait avec ligne de mire un probable empoisonnement à l’arsenic. Que n’a-t-on pas raconté sur Marie Capelle ! Certains ont même prétendu qu’elle était l’arrière-petite-fille de Philippe Égalité, Prince du sang, connu notamment pour avoir voté la mort de son cousin, Louis XVI. D’autres voient encore en elle, l’innocence incarnée, une femme quittant la vie parisienne pour le bouéradis du Glandier. Le corbeau de la rue de la Barrière À Tulle, pendant 5 ans (de 1917 à 1922), un corbeau inonde de lettres anonymes les habitants de la ville aux Sept Collines. Il les signe L'Œil de tigre. Henri-Georges Clouzot en fera un film qui sortira en 1943 et c’est d’ailleurs à partir de cette époque que le mot corbeau sert à dénommer les personnes qui dénoncent anonymement leurs congénères. On laisse Jean-Michel Valade retracer cette histoire au centre de laquelle on trouve Angèle Laval (qui habite au 111 rue de la Barrière à Tulle) qui se retrouve dans l’œil du cyclone.
Saison 1 - Épisode 8 - 01/12/2021
De collines en vallées, de ruisseaux en chemins… au fil des siècles, l’Homme a laissé de nombreuses traces dans cette province du Bas-Limousin. Ici, l’empreinte humaine sur les paysages est riche mais il faut savoir la déceler. Car bien observer les paysages, c’est aussi pouvoir remonter le temps et raconter l’Histoire… Il suffit d’avoir l’œil vif, le regard affuté et une furieuse envie de rassasier sa curiosité. Pour le reste, laissez-vous guider par vos envies et par le hasard de vos promenades. La seule obligation, c’est mettre le nez dehors et porter un regard différent sur les Hommes et les Choses. Au Nord, à l’Est, au Sud ou à l’Ouest, dans cette province du Bas-Limousin, nous n’avons que l’embarras du choix : les anciens villages, les vieilles vallées, les primitives collines, les antiques chemins… Les réponses se trouvent dans les paysages qui nous entourent. Mais, pour qu’elles se rapprochent le plus de la vérité, cette quête exige néanmoins quelques compétences en géologie, en toponymie, en géographie, en histoire bien sûr, en topographie aussi, et même en botanique. Vous êtes prêt pour devenir un archéologue du paysage ! Réapprendre à regarder Les paysages ? Un ensemble constitué d'éléments naturels et artificiels ou anthropiques c’est-à-dire fabriqués par l'Homme. L’archéologie du paysage est une méthode qui permet d’observer les éléments du paysage pour comprendre l’impact de l’Homme sur le territoire. Il s'agit ici d'étudier les conséquences de l'action de l'Homme sur le paysage ; Car, en s'y installant, il l'a modifié. Un exemple ? Les plantes rudérales du latin rudus (ruines, décombres). Ces plantes rudérales poussent sur les ruines. C’est donc un indice : vous trouvez une plante rudérale, vous trouverez une ruine en-dessous. Les plantes rudérales sont la partie visible de l’iceberg. En se positionnant comme une anomalie végétale par rapport à son milieu, elles indiquent une présence humaine. Quelles sont les plantes rudérales ? Le buis, l’érable champêtre, le fusain, le Cornouiller sanguin, la Petite pervenche, l’ortie, le Gaillet gratteron, le sureau... Par exemple, la Petite pervenche pousse sur motte castrale Espartignac… L’alvéole, caractéristique du Limousin L’alvéole, c’est l’unité paysagère du Limousin. Elle se compose de la cloison (une ligne de partage des eaux où le rocher affleure), du replat (un plateau en pente douce qui favorise l'accumulation des sédiments, favorables aux cultures) et la mouillère ou tourbière d’altitude (une zone humide qu’il est impossible de cultiver ou construire et qui accueille les animaux de la ferme). Dans le Bas-Limousin, comme ailleurs, cette unité paysagère caractéristique est malmenée depuis plusieurs années. L’urbanisation galopante et effrénée impacte malheureusement et irrémédiablement sur les paysages qui nous entourent. Le travail est assuré pour les archéologues du futur… Pour en savoir plus… Archéologie Paysage 4, allée de la papeterie 19 140 Uzerche Tél. : 05 55 73 26 07 Courriel : archeologie.paysage@gmail.com Web : archeologie-paysage.org
Saison 1 - Épisode 7 - 01/12/2021
Dans des temps troublés et oubliés, Gondovald, fils de Clothaire 1er, lui même fils de Clovis, roi des Francs, devint Roi de Brive. Nous sommes en 584. Son nom signifie guerrier audacieux. Gondovald est au centre d’une guerre de succession au sein de la dynastie des mérovingiens. Il veut régner sur un vaste territoire qui s’étend bien au-delà du Bas-Limousin mais l’histoire en décidera autrement… Voilà une histoire passée sous les radars... D’abord, parce qu’elle est très ancienne. Nous sommes au VIe siècle. C’est le haut Moyen Âge, une période lointaine de l'histoire comprise, grosso modo, entre l'Antiquité et le Moyen Âge central. La ville de Brive n’existe probablement pas encore. Nous sommes dans les profondeurs des Temps Obscurs. Et les témoignages qui nous sont parvenus sont très rares. Seul Grégoire de Tours (538 - 594) évoque ce Roi de Brive. Grégoire de Tours n’est pas historien mais chroniqueur : "il faut prendre tous ses dires avec une extrême prudence" prévient l’historienne Marguerite Guély. À cette époque quoi ressemble le Bas-Limousin ? La Gaule pouvait être peuplée, pas vraiment forestière et elle devait disposer d’un réseau routier que César a utilisé pour la conquérir. Un exil à Constantinople À quoi ressemble Gondovald ? Un homme aux cheveux longs. Eduqué. Gondovald sait lire et écrire. À la cour, sa mère le présente comme le fils naturel de Clothaire. Ce dernier affirme le contraire, le fait tondre et l’emprisonne mais le jeune futur Roi s’évade. Débute pour Gondoval un long périple qui passera par l’Italie et par l’Empire byzantin. Il se marie puis assure une descendance. On présage qu’il a une cinquante d’années lorsqu’il arrive à Brive pour être sacré, non pas Roi de Brive, mais Roi d’Aquitaine. Il débarque à Marseille puis, prend la direction d’Avignon, fief des adversaires de Clothaire, qui le choisissent comme leur porte-drapeau. C’est l’hiver. Son trajet vers Brive, on ne le connait pas. Pourquoi Brive ? "C’est un carrefour de la grande route qui va Bordeaux à Clermont-Ferrand" précise Marguerite Guély. Et puis, Brive c’est aussi un pont entre Paris et Toulouse (dans la langue gauloise, briva désigne un pont) : "À Brive, il n’y a qu’une petite église dédiée à Saint Martin l’Espagnol, un Saint tout à fait obscur connu seulement à Brive" indique Marguerite Guély. Donc, un carrefour géographique stratégique. Le sacre intervient à Brive : le futur Roi doit se tenir debout sur un bouclier porté par ses frères d’armes. Mais, d’aucuns y verront un mauvais pressage, Gondolvald perd l’équilibre… Fraichement âcretés Roi d’Aquitaine, Gondovald court vers sa destinée avec les conjurés : Angoulême, Bordeaux, Toulouse puis à Comminges où l’histoire va brutalement se terminer… Le siège de Comminges prend fin à cause d’une trahison. Une pierre lui fracasse la tête. Le Roi est mort. Vive le Roi ! Une rue Gondovald et une Île du Roi Le sacre de Gondolvald tombe ensuite dans les oubliettes de l’Histoire jusqu’à la création de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze. Quelques érudits curieux et intéressés par l’histoire romaine, déterrent cet épisode royal dans les chroniques de Grégoire de Tours. Une histoire ensuite améliorée. "Ils ont prétendu que le sacre de Gondovald avait eu lieu sur une petite île, sur la Corrèze : l’île du Reyt, devenue, l’île du Roi". Pour autant, Marguerite Guély rappelle que "l’île du Reyt" signifie "l’île du passage à gué". Alors, que reste-t-il de Gondovald ? À Brive donc, pas grand-chose… Une petite rue, à proximité de l’avenue Ribot, porte encore son nom. Peu ou pas d’automobilistes savent qu’ils empruntent ce que l’on pourrait (presque) appeler une voie royale…
Long de près de 500 km, la Dordogne prend la direction de l’Atlantique avec un débit de plus de 250 mètres cubes seconde à Bergerac. En amont, en Corrèze, elle déboule par Bort-les-Orgues et crée une frontière naturelle avec le Cantal avant de s’échapper par Beaulieu-sur-Dordogne. Elle offre souvent des points de vue exceptionnels et continue à être une source… d’inspiration. À Louis-Olivier Vittet, écrivain corrézien, n’allez surtout pas parler de "rivière" pour évoquer la Dordogne. Celui qui a grandi près de la "Rivière Espérance" (le nom donné à la célèbre trilogie, d’un autre écrivain cette fois-ci, Christian Signal), tient à corriger une erreur, très et trop souvent commise, notamment sur les documents touristiques. Il le martèle et a raison de le rappeler, un brin désabusé : la Dordogne est d’abord un fleuve comme le sont la Loire ou la Seine. Car, près de la Dordogne, on n’est pas peu fier d’avoir grandi et habité encore près de ce fleuve emblématique de la Corrèze, fleuve domestiqué par la main de l’Homme dans la seconde moitié du XXe siècle. Il représente bien plus que l’écoulement de l’eau qui arrive de l’Auvergne voisine. La Dordogne, c’est d’abord une façon d’être, voire une raison d’être, des odeurs caractéristiques, des espèces faunistiques et floristiques typiques, des petites et des grandes histoires, des parties de pêche aux goujons à la construction des barrages qui donneront une autre allure au fleuve sans parvenir à modifier son ADN. De points de vue en points de chute Louis-Olivier Vittet habite près du fleuve. Il est, aussi et surtout, habité par la Dordogne. Il défend avec opiniâtreté les lieux. Il en connait tous les recoins. Il aime à le dire : c’est son "port d’attache". Entre traditions et histoires, l’écrivain corrézien rappelle la destinée du fleuve : les malpas, les barrages, les eaux noires, les gabares, les milans royaux, les marins… Il vous emmène du barrage de l’Aigle à Bort-les-Orgues, d’Argentat à Spontour en passant par Neuvic, des chemins creux qui jouxtent le fleuve aux surprenants points de vue surplombant la Dordogne. Il est intarissable. Un flux continu où s’entrechoquent des souvenirs, des anecdotes, des sentiments… Le belvédère de Gratte-Bruyère ? C’est à Sérandon, près de Neuvic, en face du département voisin du Cantal. Le lieu offre un panorama extraordinaire sur la Dordogne à vous donner des frissons : "c’est un des meilleurs endroits sur terre pour faire la sieste" indique Louis-Olivier Vittet. "C’est un endroit avec une vibration dans la terre qui est tout à fait particulière". Le plus beau réservoir à rêves de notre région "Le fleuve coule encore, il est là au fond. Les habitants qui ont connu la vallée autrefois disent tous la même chose "ce qui nous manque c’est le bruit de la Dordogne". Quand on vide les barrages, le premier bruit que l’on entend, c’est celui du fleuve. Ce qui me fascine c’est aussi ce que l’on ne voit plus". Il faut en effet rappeler que de nombreux hameaux et autres villages ont été définitivement engloutis après la construction des barrages. Le village englouti de Nauzenac en est l’illustration : "le Saint-Tropez de la vallée. Pour y aller, la route existe encore". Elle plonge dans désormais dans le fleuve…
Ils ont été des grands serviteurs de l’Etat : des militaires ou des politiques. Leurs noms sur des plaques émaillées racontent l’histoire de France. À d’autres endroits, des personnalités locales racontent l’histoire de Brive. Il y a les rues, les avenues, les boulevards, les places ou encore les impasses. Mais quel que soit le carrefour ou le trottoir, le promeneur remonte toujours le temps. Brive-la-Gaillarde. 46 630 habitants pour une densité de 960 hab./km2. C’est une belle ville de province. Une "grande ville" disent les habitants de la campagne, peu habitués aux perspectives urbaines, aux grands ensembles et vastes zones commerciales. C’est d’ailleurs avec une relative appréhension que ceux des champs viennent visiter ceux des villes. L’immensité de l’aire urbaine (75 046 habitants) a l’inconvénient de désorienter rapidement celui qui la traverse… Pour s’y retrouver, l’automobiliste peut compter sur les plaques émaillées qui, outre le fait de confirmer ou non une direction, valident, au moins, une position. Il est intéressant de se demander quand ces odonymes ont vu le jour : "les historiens considèrent qu’en France la dénomination des voies urbaines a commencé à la fin du XIIIe siècle" explique Jean-Michel Valade qui signé un livre intitulé « À la découverte mémorielle des rues de Brive"… De la rue de l’église à la place Verdun Rue de l’église ou rue du Four seraient les premières appellations qui prévalent jusqu’au début du XVIIe : "Ce sont les dénominations d’usage populaire (…) et à partir de ce XVII on entre dans une ère nouvelle, celle des toponymes de décision créées par les autorités publiques". La fonction est utilitaire : permettre de se situer dans l’espace quotidien. Tout en sachant qu’à cette époque, les gens lettrés ne sont pas nombreux : "d’où la nécessité de tenir compte de l’usage populaire qui décrit un lieu comme la rue Haute, la rue des Fossés et, bien plus tard, la valeur commémorative (place Verdun) ou la valeur symbolique (avenue de la Liberté) ont pris le relais" rappelle l’historien briviste… Au fil du temps et… des rues À Brive, plusieurs odonymes sont issus de l’Ancien Régime : la rue du Clocher et la rue des Récollets (d’aspect religieux), la rue des Cloutiers et la rue du passage de la poterie (d’aspect social)… la rue de la Jaubertie, la rue des Carbonnières, la rue Barbecane ou encore la rue Traversière sont tous des toponymes antérieurs à 1789. Rappelons que Brive a eu son boulevard du Maréchal Pétain ou encore son avenue Staline. Plus récemment, Brive a fait le choix de se doter d’une avenue dénommée Jacques et Bernadette Chirac. Les rues les plus emblématiques pour Jean-Michel Valade ? "La Place de la Guierle qui est le lieu emblématique de Brive, là où se déroule le marché hebdomadaire, cher à Georges Brassens". Pour autant, sur votre GPS, vous lirez Place du 14 juillet. Mais, les brivistes en ont décidé autrement. Dans l’esprit des Corréziens, cette place centrale de Brive reste, et restera, la Place de la Guierle ! L’odonymie briviste c’est "Une mémoire de la ville, une mémoire mouvante, une mémoire qui fluctue au gré de l’expansion spatiale du bâti urbain et de la volonté décisionnaire des pouvoirs municipaux. Une mémoire plurielle" ajoute Jean-Michel Valade.
Dans le Bas-Limousin, il y a un millénaire, parfois davantage, s’enracinaient des familles dont les patronymes raisonnent encore au 21e siècle. Très peu ont subsisté. Une longévité à l’échelle du temps de l’histoire de France : les d'Aubusson, les Noailles, les Rochechouart, les Turenne et… les Bonneval, une famille d’extraction chevaleresque, qui a fait souche à l’an 930… Tournons-nous vers l’Abbé Joseph Nadaud : "D’azur à un lion d’or, armé et lampassé de gueules ; pour support deux griffons d’or". Voilà la définition que donne l’abbé Joseph Nadaud dans le Tome 1 de son Nobiliaire du diocèse et de la généralité de Limoges à la page 202 des armes des Bonneval. Il écrit, toujours à la page 202 : "Cette maison a toujours passé pour une des plus nobles du Limousin où l’on disait autrefois : Richesses des Cars, noblesse de Bonneval". Selon l’abbé : "on trouve dans le 11e siècle un Gérault de Bonneval, qui par lettres de 1055 abandonna à Adalfrède ou Affrède, abbé, et aux moines de l’abbaye de Solignac en Limousin une broderie ou ferme appelée dans l’acte Masum Monthilii". Selon nos recherches, il s’agit d’une maison (du latin mansum). Monthiliis étant probablement le patronyme de celui qui y habite… Nous sommes en 1055. C’est la première trace écrite qui identifie formellement la famille. Pour autant, on peut encore remonter quelques dizaines d’années en arrière : jusqu’à 930 si l’on en croit la tradition orale ! Cette date est d’ailleurs gravée dans une pierre de la chapelle du château. Les hommes qui étaient là, quelques décennies avant l’an mille, ont laissé peu de traces. Alors que le Saint-Empire est tenu par Othon 1er et que la dynastie capétienne est sur le point de naître, il n’est pas saugrenu de penser que l’actuel château, édifié bien plus tard par Jean 1er de Bonneval (ce chantier dura 100 ans), est lui-même construit sur une place-forte plus ancienne, elle-même bâtie possiblement sur un oppidum gallo-romain. Dans tous les cas, ces temps lointains catégorisent la famille Bonneval comme l’une des plus anciennes familles du Bas-Limousin. Alors, remontons le temps et imaginons ! Imaginons l’abnégation, l’habileté, le travail, la patience, la diplomatie, l’ingéniosité, la stratégie… Toutes ces valeurs et ces vertus qui ont été réunies en continu depuis plus d’un millénaire pour féconder, développer, conquérir, préserver et perpétuer un patrimoine, jadis colossal fait de terres, de métairies, de domaines, d’un château et d’un titre de Marquis, et le transmettre, vaille que vaille, d’une génération à l’autre… Un savant dosage d’intérêts qui s’imbriquent souvent avec l’histoire de France... Cette dynastie familiale est l’illustration parfaite d’un profond enracinement, né dans la nuit des temps, dans cette ancienne province reculée et enclavée du Bas-Limousin. Cette rencontre avec le Marquis Géraud de Bonneval est aussi une occasion pour évoquer, d’abord, la vie du château : la légende de la tour du Diable, l’intriguant message qui apparaît sur une pendule située dans la cour Renaissance et la devise de la famille en langue occitane. Et, ensuite, la vie de château… Sans surprise, les temps ont bien changé. La vie du châtelain est désormais exclusivement dédiée à la gestion du lieu mais également et toujours à son devenir… Pour en savoir plus : Château de Bonneval Avenue Bonneval Pacha 87 500 Coussac-Bonneval Tél. : 06 29 19 49 06 Web : chateaudebonneval.com
Saison 1 - Épisode 3 - 15/09/2021
Toponymie, géologie, archéologie, généalogie, patrimoine… Le chanoine Poulbrière naquit à Beaulieu-sur-Dordogne le 5 février 1842. Pendant 40 ans, Poulbrière sillonna la Corrèze et ses paroisses, ses villages et ses hameaux. Il collecta et compila l’histoire. Son Dictionnaire historique et archéologique des paroisses du diocèse de Tulle est une œuvre extraordinaire qui n’a jamais été égalée. Poulbrière né le 5 février 1842 à Beaulieu-sur-Dordogne. La maison familiale se situe en face de la grande croix du foirail du chef-lieu. On évoqua chez lui "une adolescence maladive". Poulbrière fit ses études au Petit Séminaire de Servières puis au Grand Séminaire de Tulle. Il est ordonné prêtre le 9 octobre 1871 par Mgr Berteaud puis devient chanoine honoraire et historiographe diocésain, le 4 mai 1880. Supérieur du Petit Séminaire à partir de 1897 puis nommé chanoine titulaire le 20 février 1907, Poulbrière se retire dans la maison familiale de Beaulieu et poursuit inlassablement ses travaux d’histoires "et où bientôt les soins dévoués de sa sœur lui furent nécessaires". Voilà quelques dates dévoilées par Antoine Pélissier, historiographe diocésain, dans les premières pages du Dictionnaire historique et archéologique des paroisses du diocèse de Tulle. Son ami, le chanoine Chastrusse, fondateur de La Croix de la Corrèze, le décrit ainsi : "Sa démarche toujours mesurée, sa tête un peu penchée, son habituel sourire, qui effaçait l’air un peu dédaigneux de sa lèvre inférieure, tout chez lui inspirait confiance et respect. Il était le plus obéi des maîtres, bien qu’il ne punît presque jamais". Vita abit, L’âge te guette, Mors venit : La mort s’apprête : Fac cito quod voles, Fais au plus tôt ce que tu veux, Fac bene quod potes. Fais surtout bien ce que tu peux. "J’avais depuis longtemps recueilli dans ma mémoire cette sage et antique épitaphe chrétienne, lorsque, voyant approcher ma cinquantaine, je me mis à rédiger le Dictionnaire (…) C’était l’heure propice, à mon avis : plus tard, j’aurais pu ne pas le faire" écrit Poulbrière dans son Avis au lecteur de son Dictionnaire historique et archéologique des paroisses du diocèse de Tulle. Poulbrière dévoile les coulisses de son œuvre titanesque et surtout ses sources : les Vies de quelques saints, les cartulaires des abbayes, le Gallia, la Chronique de Geoffroy de Vigeois, celle de Saint-martial, le Pouillé de Nadaud, les recherches effectuées par des noms qui raisonnent encore : Baluze, Massénat, Champeval, Fage, Brunet, Bombal, Dom Boutrais… Poulbrière s’appuie aussi sur les curés corréziens qui lui transmettent les informations à caractère historique issus de leur paroisse : la superficie de la commune, le nombre d’habitants, les paysages, le patrimoine local et religieux, la liste exhaustive des hameaux, les petites et les grandes histoires, les grandes familles… À cela s’ajoutent les additions et les corrections. Trois tomes qui, d’Affieux à Yssandon, développent 1 500 pages : "œuvre de vingt ans de publication et de plus de quarante ans de préparation" indique son créateur. Poulbrière meurt le 20 janvier 1917. Musique : Jonathan Marty-Wagner Production : Podcast&Radio House
Saison 1 - Épisode 2 - 06/09/2021
Du 2e siècle avant Jésus-Christ au 5e siècle après Jésus-Christ, Tintignac près de Naves s’impose comme un ensemble monumental à l’époque gauloise. Deux millénaires plus tard, des archéologues vont y mener des fouilles et y découvrir des objets uniques au monde… Une opportunité exceptionnelle pour mieux connaître la civilisation gauloise. Mais Tintignac a-t-il livré tous ses secrets ? Le lieu-dit Tintignac est situé sur la commune de Naves, près de Tulle, en Corrèze. Il est connu depuis longtemps des Corréziens mais va connaître une renommée internationale, dès le début des années 2000, grâce à une campagne de fouilles qui va notamment mettre à jour des carnyx et ces casques zoomorphes. Tintignac a eu deux vies : la première sous l’impulsion des Lémovices gaulois, la seconde sous l’impulsion des Romains. Situé à proximité d’un chemin protohistorique, le site Tintignac s’est progressivement développé sur plusieurs hectares avant d’être abandonné à la suite d’un incendie qui sellera définitivement la fin de ce sanctuaire monumental. Des arènes et des spectacles La toponymie de Tintignac pourrait indiquer que ce lieu-dit appartenait à grand propriétaire terrien gallo-romain, probablement le domaine de Quintinus, terme qui a évolué par la suite à Tintignac. "Les premières mentions de Tintignac remonte aux XIe et XIIe siècle" précise Christophe Maniquet, archéologue à l’INRAP. On les doit à Geoffroy de Vigeois qui ne mentionne pas le lieu exact mais seulement l’intérêt archéologique du site. En 1633, Bertrand de Latour évoque les Arènes de Tintignac (les parcelles du site portent le nom des Arènes. Puis, Etienne Baluze évoque le site en lui donnant le nom des Arènes de Tintignac : "un théâtre plutôt qu’un amphithéâtre" précise l’archéologue : "un édifice de spectacles". Tintignac, implanté sur un point dominant, visible de très loin, se situe à proximité d’un grand itinéraire qui allait de la Narbonnaise à l’Armorique et qui traversait tous les districts miniers du Limousin. "Cela deviendra la route des Métaux" rappelle Christophe Maniquet. Un lieu d’abord sacré Le sanctuaire voit le jour au milieu du IIe siècle avant notre ère. Le site va évoluer, être modifié, agrandi et métamorphosé progressivement jusqu’à la fin du IIIe siècle de notre ère. Au début, ce sont les Gaulois qui développent Tintignac : "Il est au cœur de la Corrèze actuelle. La Corrèze pouvait appartenir à un pagus c’est-à-dire à une subdivision de la tribu gauloise des Lémovices et cela (Tintignac) pouvait être le cœur vital de ce pagus". Grâce aux découvertes de Christophe Maniquet et de son équipe, il est possible d’imaginer à quoi ressemblait la vie des Gaulois de Tintignac : "On sait que les pratiques essentielles étaient liées aux sacrifices d’animaux pour les divinités. Les hommes tenaient de grands banquets dans l’espace sacré. Et pour les armes retrouvées ? "On peut imaginer que certaines appartenaient à des ancêtres prestigieux et ces objets étaient plus ou moins sacrés". Les légendes : FIG13 Vu du ciel, les fouilles de Tintignac engagées depuis le début des années 2000 : on distingue aisément les bases des éléments d’architecture mis au jour par Christophe Maniquet et son équipe © INRAP TINTIGNAC02 L’espace sacré formait un quadrilatère qui était délimité par une palissade. Traditionnellement, l’entrée était placée à l’est. Dans l’enclos, le bâtiment est destiné au culte des divinités © INRAP VLCSNAP Le site de Tintignac à son apogée : un bâtiment dit "tribunal", un bâtiment en hémicycle et le théâtre sont construits entre le milieu du Ier siècle et le IIe siècle de notre ère © INRAP CARNYX(1) À Tintignac, les archéologues vont notamment mettre au jour des carnyx gaulois : une trompe de guerre dans un remarquable état de conservation. Une découverte unique en Europe © INRAP Musique : Jonathan Marty-Wagner Production : Podcast&Radio House
Saison 1 - Épisode 1 - 31/08/2021
C’est une histoire très ancienne qui s’étend sur une période comprise entre 300 000 à 40 000 avant notre ère. C’est le paléolithique moyen. Pour être encore plus précis, on parle de l’âge du Moustier. C’est à cette période que l’on croise l’Homme de Neandertal. Il habita le Bas-Limousin comme en témoigne une découverte exceptionnelle réalisée en 1908. La découverte du premier Corrézien. Que sait-on de cet Homme de Neandertal découvert par les Frères Bouyssonnie ? Peu de choses. Mais suffisamment pour susciter des interrogations et surtout pousser à l’imagination… En fermant les yeux, on le voit chasser, protéger les siens et, certainement, s’émerveiller ou s’attrister du monde qui l’entoure. Soyez-en sûr : l’Homme de La Chapelle-aux-Saints est le plus ancien Corrézien dont le squelette a été retrouvé dans cette commune aux confins de la Corrèze et du Lot. Une découverte dont l’onde de choc se propage bien au-delà des frontières de notre Bas-Limousin. Mais d’abord, évoquons la passion qui anime les Abbés Bouyssonnie : la curiosité. Ils fouillent. Ici et là. Et, depuis 1905, leurs recherches les poussent jusqu’à la petite paroisse de La Chapelle-aux-Saints, près de Beaulieu-sur-Dordogne. C’est ici, dans ce que l’on appelle la Bouffia Bonneval à proximité du petit bourg, qu’ils font la découverte d’un squelette d’un Homo Neanderthalensis, le 3 août 1908. Un squelette quasi complet. Une découverte qui allait devenir "une référence mondialement connue de la Préhistoire et un jalon essentiel de l’histoire de l’Humanité". Entre 50 000 et 60 000 avant notre ère Le sol argileux de La Chapelle-aux-Saints explique le bon état de conservation du squelette... Mais y aurait-t-il une autre raison ? "Oui, c’est une sépulture" lâche Roselyne Mons, directrice du Musée de l’Homme de Neandertal. "L’équipe de fouilles a prouvé de manière irréfutable que c’était une sépulture (…) C’est une fosse intentionnelle". Homo Neanderthalensis prenait donc soins de ses morts. Quel âge avait-il ? Probablement, entre 50 et 60 ans. "On s’est occupés de lui, on l’a aidé à marcher, à chasser et à trouver sa nourriture. Et ça, ça en dit long sur les Néandertaliens" indique Roselyne Mons. Plus encore, ce chasseur-cueilleur était aussi très mobile grâce des échanges culturelles : "on a retrouvé des silex originaires de bien plus loin que ceux Puy d’Arnac en Corrèze ; Notamment de Bordeaux ou du Périgord comme des silex du Bergeracois. On peut donc l’imaginer longeant la Dordogne pour aller de Bordeaux jusqu’au Massif Central"… en fonction des saisons. Neandertal toujours dans nos gènes Difficile d’apporter une réponse définitive sur que devait être le quotidien de l’Homme de La Chapelle-aux-Saints. On sait qu’il fréquentait les animaux de son époque comme les mégacéros, les mammouths, les hyènes des cavernes, les ours bruns, les loups ou encore les rhinocéros des prairies. Petit mais trapu, on peut aisément imaginer qu’il était aussi extraordinairement adapté aux variations climatiques. Plusieurs raisons expliqueraient la disparition d’Homo Neanderthalensis : certains évoquent l’arrivée de l’Homme moderne comme une des causes principales de son extinction. Pour autant, l’Homme de Neandertal n’a pas tout à fait disparu… Aujourd’hui encore, environ 2% de notre ADN provient de Neandertal… Pour en savoir plus : Musée de l’Homme de Neandertal Sourdoire 19 120 La Chapelle-aux-Saints Tél. : 05 55 91 18 00 Web : neandertal-musee.org Musique : Jonathan Marty-Wagner Production : Podcast&Radio House