Expertes à la Une

Christelle Chiroux

Femme politique, entrepreneure, économiste, sportive, scientifique, historienne ou encore médecin... qui sont-elles ? Quels sont leurs parcours ? Quelles sont leurs expertises et en quoi cette expertise est-elle utile ?« EXPERTES A LA UNE » part à la rencontre de CELLES qui ont des choses à dire. Leur parole ne sera pas interrompue par le son d’une voix plus forte ou plus grave. Les Expertes seront à l’honneur dans ce podcast car le savoir ne doit pas se résumer à une moitié de l’Humanité. Mes invitées sont des femmes légitimes dans leurs domaines de compétence, leur voix doit être entendue. Parfois trop invisibles, je plonge dans chaque épisode au cœur de leur univers intime ou professionnel, sous la forme d’une conversation pour les mettre dans la lumière.

"Avant j'avais un tout petit bureau au dernier étage sous les combles, aujourd'hui j'ai un bureau qui a doublé de volume et j'ai un bureau pour mon collaborateur, je n'aurai jamais imaginé un jour dans ma vie pouvoir choisir des œuvres d'art pour décorer mon bureau. Je le vis comme un grand luxe!". Bienvenu dans le bureau de Laetitia Saint-Paul, députée LREM du Maine-et-Loire, vice-présidente de l'Assemblée nationale. Depuis son élection le 18 juin 2017 au Palais-Bourbon, comme au sein de l'armée, année après année, la capitaine Saint Paul gravit les échelons . Militaire de carrière, Saint-Cyrienne, Laetitia Saint-Paul n'est pas effrayée par les combats, elle a réussi à devenir la première militaire élue députée ! Sa mission, que ce soit du côté des soldats ou de la politique est la même me dit-elle :"Tenir coûte que coûte!". (Le titre de son livre "Mission: tenir de l'armée à l'Assemblée nationale", éditions JC Lattès). Elle se définit comme un "produit" de la méritocratie républicaine, des parents et grands parents commerçants. Très tôt, Laetitia Saint-Paul était, souligne t-elle, un mélange "d'intello" et d'aventurière, elle rêvait de sauter en parachute , de faire des stages de survie, son choix s'est donc porté très rapidement vers les écoles militaires et elle souhaitait la plus prestigieuse. Mais de ses années à Saint Cyr, elle se souvientd'unparcours du combattant, d'un environnement hostile, seulement 12 filles sur 150. Dans sa promotion au début des années 2000, tout était fait pour que les filles démissionnent, raconte-t-elle, certains hommes pratiquaient "l'indifférence courtoise"! Elle poursuit, les garçons qui parlaient aux filles étaient appelés les "souz", les sous-hommes. Beaucoup de ses camarades ont abandonnées. C'est ce qui a nourri ma foi en l'action politique me dit la députée , quand on ne peut pas agir de l'intérieur dans le microcosme , il faut qu'il y ait une décision souveraine qui s'impose. Vingt ans plus tard, elle œuvre donc politiquement pour que les choses changent , il y a un gros effort à faire au niveau de l'exemplarité des élites. Laetitia Saint-Paul continue à se battre avec ses armes : connaissance du régalien, stratégie , terrain et conviction !
"Et toi ça va ? Antoine angoisse, culpabilise et ne se sent capable de rien. Il est toujours fatigué, a du mal à s'intéresser aux choses, aux autres. Il dort mal, pense que sa vie n'a plus de sens, et se dit qu'il vaudrait mieux que tout s'arrête." L'histoire d'Antoine, la psychiatre Astrid Chevance la connaît bien, c'est ce que vit une personne sur cinq, près de neuf pour cent des Français sont en dépression à l'heure actuelle. Des personne atteintes de dépression , on en a tous connu autour de nous , me précise la jeune doctorante en épidémiologie. L'histoire d'Antoine, Astrid Chevance l'a écrite pour un court-métrage réalisé par Marie-Stéphane Cattaneo avec la Fondation Pierre Deniker . A travers ce film de sensibilisation et ses différentes recherches, le Dr Astrid Chevance souhaite alerter sur cette maladie parfois insidieuse. Durant cette période de crise sanitaire, la santé mentale des français va être mise à mal, prévient-elle, et nous ne devons pas la sous-estimer. Installée avec ses 3 écrans et son clavier sur la table de la cuisine de son appartement, Astrid Chevance me raconte son parcours atypique mêlé d'histoire , de philosophie et de médecine. Aujourd'hui , elle mène de front sa vie demère de famille et sa vie professionnelle, elle travaille sans relâche du matin au soir, dort peu, me confie-t-elle, pour terminer sa thèse de doctorat. La dépression, c'est son sujet de recherche. Un sujet qui hanteson esprit jour et nuit, et pour lequel elle vient de recevoir à 34 ans le Prix jeunes talents 2020 l'Oréal-Unesco pour les femmes et la science.
La coupe du monde féminine de football en 2019, Brigitte Henriques en parle encore avec ferveur et émotion, un événement auquel elle a toujours cru : "La vision , elle était simple , c'était 5 piliers : c'était la coupe du monde ce n'est pas qu'un simple événement sportif, elle va avoir un impact sociétal, elle va montrer que la mixité, que la diversité, c'est quelque chose de très important pour notre société et que ça intéresse du monde et que ça va faire changer les mentalités et ça je le portais avec toutes mes tripes ! " Brigitte Henriques, 49 ans, me reçoit dans son bureau , numéro 316, elle est fière de me montrer la petite plaque collée sur sa porte, un nom, un titre : Brigitte Henriques, Vice-présidente de la FFF, Fédération Française de Football. Son bureau est au troisième étage, l’étage de la direction, son voisin du numéro 315 s’appelle Noël Le Graët, c’est lui qui est allé la chercher en 2011 pour devenir la Numéro 2 de la Fédération. Brigitte Henriques est un experte du football féminin, elle le connait parfaitement et le défend avec une énergie débordante. Entière, elle ne cherche pas à cacher ses émotions et laisse percevoir des trémolos dans la voix lorsqu’elle évoque les grands événements de sa carrière, comme la première fois qu'elle porte le maillot bleu en équipe de France en 1988, elle avait seulement 17 ans. Volubile, passionnée, Brigitte Henriques me raconte son enfance dans sa ville de cœur, Poissy, ses premières amours avec le ballon rond, sa carrière de sportive, de ses nombreuses sélections en équipe de France, de sa fonction de manager au PSG et puis de ses 9 années passées à la Fédération avec bien sûr en point d'orgue l'organisation du mondial Féminin de foot en 2019.
« Mes parents sont illettrés mais ils m’ont appris des choses qu’on n'apprend pas dans les livres, ils m’ont appris le respect, ils m’ont appris le courage, ils m’ont appris la résilience. Tout le reste je le dois à l’éducation nationale, je le dois à ma première professeure de CP, j’arrivais en France, je ne parlais pas la langue, il faisait froid et personne ne me ressemblait, c’était un déchirement très important et cette femme d’une générosité extraordinaire m’a prise sous son aile et elle m’a fait aimer l’école et c’est à elle que je dois ce que je suis aujourd’hui » Aujourd'hui, Elisabeth Moreno est Ministre déléguée chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes , de la diversité et de l'égalité des chances , "je crois que ce ministère est un vrai cadeau du ciel parce qu'il représente tout ce que je suis" me dit-elle . L'ancienne patronne de Hewlett Packard Afrique, experte de la tech, m’accueille dans son bureau du ministère coloré d'orchidées , un cadeau qu'elle vient de recevoir pour ses 50 ans. Le ton est direct , durant près d'une heure la nouvelle ministre accepte de se livrer sur son enfance au Cap-Vert , son parcours professionnel , ses rencontres avec Emmanuel Macron et ses débuts en politique. Elisabeth Moreno, novice en politique, occupe désormais un poste stratégique dans le gouvernement de combat qu'a voulu Jean Castex. Le combat , un mot qui ne fait pas peur à cette self-made-woman qui "s'est battue pour survivre".