Les Classiques de l'économie

Radio Classique

Une notion de base de l’économie expliquée par Natacha Valla du lundi au vendredi, à 6h20. Pour ne rater aucun épisode des Classiques de l'économie, n'hésitez pas à vous abonner.

Aujourd'hui dans "Les classiques de l'économie", Nathalie Janson, experte en économie des télécommunications, pour décrypter les enjeux du marché des forfaits mobiles en France et en Europe.Alors que le rachat de SFR par ses trois principaux concurrents, Orange, Bouygues Télécom et Free, est en cours de négociation, les deux invités se penchent sur les implications d'un passage de quatre à trois opérateurs sur le marché français. Elle explique que la concurrence dans la téléphonie mobile ne se résume pas seulement au nombre d'acteurs, mais dépend surtout de la menace crédible qu'un nouvel entrant vienne bousculer les pratiques en place.L'arrivée fracassante de Free Mobile en 2012, avec des offres à prix cassés, a en effet permis une forte baisse des tarifs pour les consommateurs français. Cependant, ce modèle de concurrence par les prix a également des conséquences sur la capacité des opérateurs à investir dans les infrastructures, notamment pour le déploiement de la 5G ou le renforcement de la cybersécurité. Comparant la situation française à celle des États-Unis, Nathalie Janson souligne que si les forfaits américains sont plus chers en moyenne, ils incluent souvent davantage de services. En Europe, la priorité a été donnée à la baisse des prix au détriment des investissements, ce qui fragilise la rentabilité des opérateurs.Face à ce dilemme, les autorités de la concurrence européennes sont confrontées à un défi de taille : autoriser des fusions nationales pour permettre aux opérateurs de dégager davantage de moyens pour investir, tout en veillant à préserver une concurrence saine au niveau continental. Car c'est bien à l'échelle européenne que les opérateurs doivent pouvoir se développer pour devenir des champions capables d'investir massivement dans les réseaux du futur.
Plongez au cœur des enjeux mondiaux des matières premières avec Philippe Chalmin, économiste et historien réputé. Cet épisode vous emmène dans les coulisses du rapport annuel incontournable du Cyclope, véritable observatoire de la mondialisation.Diplômé d'HEC et agrégé d'histoire, Philippe Chalmin est un économiste atypique qui allie une vision à long terme et une expertise pointue des marchés des matières premières. Depuis 1986, il pilote la publication du rapport du Cyclope, un ouvrage de référence qui décrypte les tendances et les enjeux de ces marchés essentiels à l'économie mondiale.Au-delà des simples chiffres et graphiques, Philippe Chalmin nous montre comment les matières premières sont devenues un enjeu stratégique de souveraineté pour les États. Alors que la mondialisation semble s'essouffler, l'économiste nous explique comment les circuits d'approvisionnement en énergie, en métaux critiques ou en denrées alimentaires sont désormais scrutés et contrôlés par les puissances mondiales.Véritable pédagogue, Philippe Chalmin nous rappelle que les prix des matières premières ne sont pas seulement le fruit de l'offre et de la demande, mais reflètent aussi les rapports de force géopolitiques, les innovations technologiques et les tensions sur les chaînes logistiques. Une vision holistique qui permet de mieux comprendre les soubresauts de l'économie mondiale.Entrez dans les coulisses de ce rapport d'exception et découvrez comment les matières premières racontent le monde d'aujourd'hui.
Aujourd'hui dans "Les classiques de l'économie", Nathalie Janson explore le concept fascinant du « verdissement » de la politique monétaire.Alors que la Banque de France vient d'accueillir un nouveau gouverneur, Emmanuel Moulin, ce dernier s'est engagé à poursuivre l'intégration des enjeux climatiques et de la finance durable dans la conduite de la politique monétaire. Mais concrètement, qu'est-ce que cela signifie ? Elle explique que la Banque centrale européenne ne finance pas directement des projets verts, mais qu'elle peut modifier la façon dont elle achète des obligations ou accepte des titres en garantie, en favorisant les entreprises les plus vertueuses sur le plan environnemental. Ainsi, un actif « brun », c'est-à-dire exposé à des risques climatiques élevés, pourrait être valorisé avec une décote plus importante auprès de la Banque centrale.Cette stratégie de verdissement contraste avec l'approche plus prudente de la Réserve fédérale américaine, qui refuse de devenir un « climate policymaker » et préfère se concentrer sur la surveillance des risques climatiques pour le système bancaire, sans utiliser la politique monétaire pour orienter l'économie.La Banque de France, quant à elle, est présentée comme un acteur pionnier dans ce domaine. Elle a notamment contribué à la création du Network for Greening the Financial System, un réseau rassemblant plus de 160 institutions financières engagées dans la transition écologique. De plus, elle développe un indicateur climat dans la cotation des entreprises, afin d'évaluer leur exposition aux risques climatiques et la qualité de leur trajectoire de transition.Cependant, cette stratégie de verdissement de la politique monétaire soulève des questions légitimes. Certains craignent en effet un glissement du mandat de la Banque centrale, qui pourrait être tentée d'arbitrer entre secteurs verts et bruns, s'écartant ainsi de son objectif principal de stabilité des prix.
Aujourd'hui dans les "Classiques de l'économie", Nathalie Janson se penche sur une question fondamentale qui a occupé les économistes pendant des siècles : qu'est-ce qui détermine la valeur d'un bien ? Elle retrace l'évolution de la pensée économique sur cette question. Jusqu'à la révolution marginaliste de la fin du 19e siècle, la théorie dominante était celle de la valeur-travail, selon laquelle la valeur d'un bien était liée à la quantité de travail nécessaire pour le produire. Mais cette théorie montrait rapidement ses limites, comme le souligne Nathalie Janson à travers l'exemple d'un artisan qui passerait des mois à fabriquer une chaise que personne ne voudrait acheter.C'est la révolution marginaliste, portée par des économistes comme Jevons, Menger et Walras, qui va résoudre cette apparente incohérence. Ils montrent que la valeur ne dépend pas du travail incorporé dans le bien, mais de l'utilité que ce bien procure à celui qui le désire au moment où il le désire. Le concept clé est celui d'utilité marginale : ce qui compte, ce n'est pas l'utilité totale de l'eau en général, mais l'utilité de l'unité supplémentaire que l'on consomme, dans des conditions précises.Cela explique pourquoi l'eau, pourtant indispensable à la vie, peut être très bon marché en temps normal et devenir très chère en situation de rareté. Le prix n'est pas arbitraire, mais résulte de la rencontre entre des préférences subjectives et des contraintes objectives comme la rareté du bien, son coût de production ou la concurrence.Cette théorie subjective de la valeur a également des implications sur la lecture du rapport entre salaires et profits. Là où la théorie marxiste voyait le profit comme une part prélevée sur le travail du salarié, la théorie marginaliste montre que le salaire dépend de la productivité marginale du travail, tandis que le profit rémunère la prise de risque, l'anticipation, l'investissement et l'innovation.Comme le souligne Nathalie Janson, la valeur n'est donc pas dans les choses, mais dans le signal qu'elle envoie sur les désirs des individus ici et maintenant.
Dans cet épisode du podcast "Les classiques de l'économie", Nathalie Janson explore les différences fondamentales entre les modèles bancaires européen et américain.Elle commence par expliquer les deux principaux modèles à l'œuvre : le modèle « originate-to-hold », où la banque accorde un crédit et le conserve jusqu'à son remboursement, et le modèle « originate-to-distribute », où la banque revend les crédits qu'elle a accordés à des investisseurs sur les marchés financiers. Elle explique que l'évolution des banques américaines vers ce second modèle s'est produite dans les années 1980, face à une concurrence croissante des marchés monétaires qui ont permis aux grandes entreprises et aux ménages de se financer directement sans passer par les banques. Celles-ci ont dû alors trouver de nouvelles sources de revenus, notamment à travers la titrisation, qui consiste à transformer des crédits en titres financiers négociables.Nathalie Janson souligne que ce modèle a permis d'augmenter le volume de crédits accordés, mais peut aussi créer des problèmes d'incitation pour les banques, qui peuvent être tentées de se montrer moins attentives à la qualité des emprunteurs si elles savent qu'elles vont revendre les crédits. C'est l'une des leçons de la crise des subprimes.La professeure compare ensuite les performances des deux modèles. Si le modèle américain est généralement plus rentable, avec un ROE moyen de 12% contre 10% en Europe, le modèle européen est souvent plus stable, reposant sur une relation bancaire de long terme avec le client. Cependant, il est aussi moins agile et plus consommateur de capital.En conclusion, la professeure d'économie souligne que les deux modèles présentent des avantages et des inconvénients : le modèle européen est plus résilient et stable, tandis que le modèle américain accélère le financement de l'économie, au risque parfois de faire des sorties de route.
Aujourd'hui dans "Les classiques de l'économie", Nathalie Janson dresse le portrait de François Quesnay, médecin du roi Louis XV. Il n'était pas économiste de profession, et pourtant, cet homme du XVIIIe siècle a eu une intuition remarquable sur le fonctionnement de l'économie. Avec son fameux « tableau économique », il a proposé l'une des premières représentations d'ensemble de l'économie, bien avant les tableaux entrées-sorties et le calcul du PIB. Il a compris que l'économie n'est pas seulement une addition de fortunes individuelles, mais un véritable circuit où la richesse se crée, circule, se distribue, puis revient alimenter la production.Contrairement à l'idée reçue, François Quesnay n'était pas un simple théoricien. Confronté aux difficultés économiques de la France de son époque, il a cherché à comprendre pourquoi un pays aussi vaste et fertile ne s'enrichissait pas davantage. C'est ainsi qu'il a développé la théorie physiocrate, selon laquelle seule l'agriculture produit un « produit net », c'est-à-dire un surplus créateur de richesse réelle.Bien que cette vision soit aujourd'hui dépassée, l'intuition du médecin reste essentielle : il faut distinguer le chiffre d'affaires de la valeur ajoutée, cette richesse nette créée par chaque entreprise. C'est ce concept de valeur ajoutée qui est au cœur de la comptabilité nationale et du calcul du PIB.Au-delà de cette découverte fondamentale, le médecin économiste a aussi eu l'idée révolutionnaire de représenter l'économie comme un système interdépendant, où la dépense des uns devient le revenu des autres dans un flux circulaire. Une vision qui a inspiré de nombreux autres économistes, d'Adam Smith à John Maynard Keynes.
Aujourd'hui dans "Les classiques de l'économie", Nathalie Janson pour évoquer la baisse de la natalité en France et ses implications économiques.La professeure d'économie commence par expliquer que la démographie n'est pas seulement une affaire privée, mais aussi un enjeu macroéconomique essentiel. Avec moins d'enfants aujourd'hui, c'est moins d'actifs demain, ce qui se traduit par une baisse de la production, des cotisations et des financements pour les retraites, la santé et la dette publique. La France, longtemps exception européenne avec un taux de natalité dynamique, voit désormais ce phénomène s'effriter.Quels sont les principaux freins à la natalité ? Elle identifie plusieurs facteurs, notamment sociologiques : les études plus longues, l'entrée tardive dans l'emploi stable, les aspirations professionnelles des femmes, l'incertitude économique, l'éco-anxiété et la difficulté de former des couples. Mais un facteur concret se dégage également : le manque de mètres carrés disponibles pour accueillir de nouvelles familles.C'est dans ce contexte que le groupe parlementaire LIOT a proposé un prêt à taux zéro pour aider les familles à acheter ou agrandir leur logement dès le test de grossesse positif et jusqu'aux 5 ans de l'enfant. Nathalie Janson analyse cette mesure avec un regard d'économiste. Si elle reconnaît que cette proposition a le mérite de prendre en compte la problématique du logement, elle souligne également ses limites.En effet, cette mesure agit sur la demande, mais ne crée pas de nouveaux logements. Dans un marché immobilier tendu, où l'offre est rigide, cela risque de faire monter les prix, au détriment des familles que l'on voulait aider. Selon elle, la vraie solution passe par une politique volontariste de construction et de libération de l'offre de logements, avant même de faciliter le financement.
Aujourd'hui dans "Les classiques de l'économie", Nathalie Janson évoque l'histoire mouvementée du rail britannique, passant de la privatisation à la nationalisation, avec des résultats mitigés. Elle revient sur les enjeux de la gestion des chemins de fer en Grande-Bretagne.Au 19ème siècle, le rail est une véritable aventure industrielle. Mais très vite, un problème apparaît : le rail est considéré comme un monopole naturel, car il est difficile de construire plusieurs lignes parallèles. C'est pourquoi de nombreux pays ont nationalisé le rail au 20ème siècle, comme la France avec la création de la SNCF en 1938 ou le Royaume-Uni avec la British Rail en 1948.Cependant, le monopole public a aussi ses défauts. Sans concurrence, une entreprise publique peut perdre en efficacité, les coûts augmentent, l'innovation ralentit et la qualité de service se dégrade. C'est pourquoi dans les années 90, le Royaume-Uni a choisi de reprivatiser son rail, en séparant l'infrastructure des services de transport. L'objectif était de discipliner les coûts et d'améliorer la qualité de service.Mais ce système a rapidement montré ses limites. Quand tout est fragmenté, chacun optimise son contrat mais personne ne pilote vraiment l'ensemble. L'accident de Hatfield en 2000 a ainsi révélé une maintenance trop externalisée et des responsabilités éclatées. La nationalisation n'est pas non plus la solution miracle, comme le montre l'exemple de l'Allemagne où la Deutsche Bahn, pourtant largement publique, est devenue le symbole du train en retard en Europe. Le sous-investissement, la bureaucratie et les mauvais choix de gouvernance peuvent aussi impacter la gestion publique.Alors, existe-t-il un modèle privé qui fonctionne ? Oui, dans une certaine mesure, comme au Japon où les grandes compagnies régionales ont intégré le rail et le train, en exploitant les trains, les gares et les infrastructures. Elles captent ainsi une partie de la valeur créée par le train.Finalement, le Royaume-Uni semble revenir vers une renationalisation du rail, un choix complexe qui illustre bien les défis de la gestion des chemins de fer.
Dans ce nouvel épisode du podcast "Les classiques de l'économie", Nathalie Janson plonge au cœur d'un sujet central pour l'économie européenne : l'emploi des seniors. Alors que la population européenne vieillit, le taux d'emploi des 55-74 ans a connu une hausse significative, expliquant à lui seul 1,4 point de la progression du taux d'emploi global dans la zone euro. Nathalie Janson nous éclaire sur les raisons de cette évolution, mettant en lumière l'importance du recul effectif de l'âge de départ du marché du travail, mais aussi des facteurs plus profonds comme la meilleure santé des seniors, l'évolution des carrières ou encore la nécessité financière de continuer à travailler.La France, qui a longtemps connu une culture de sortie précoce du marché du travail, semble suivre cette tendance, avec des taux d'emploi des 50-64 ans et des 60-64 ans atteignant des niveaux records. Cependant, elle souligne que le véritable défi français réside dans la réembauche des seniors ayant perdu leur emploi, face à des préjugés tenaces sur l'âge et la productivité.Car c'est bien là un enjeu central : l'augmentation du taux d'emploi des seniors a-t-elle un impact positif sur la productivité ? Nathalie Janson apporte une réponse nuancée, soulignant que si les seniors apportent leur expérience et leur connaissance des organisations, le vieillissement de la main-d'œuvre peut également peser sur la productivité à long terme, si les compétences ne sont pas mises à jour et les postes adaptés.
Aujourd'hui dans "Les classiques de l'économie", Nathalie Janson nous plonge dans l'univers de John Nash, le mathématicien qui a profondément marqué l'analyse économique. Bien que la théorie des jeux ait vu le jour avant lui, avec les travaux de Neumann et Morgenstern, c'est John Nash qui lui a donné un souffle nouveau en 1950, alors qu'il n'avait que vingt ans. Son concept d'équilibre, où chaque joueur fait le meilleur choix possible en fonction des décisions des autres, a radicalement changé la manière dont les économistes appréhendent les interactions stratégiques. Nathalie Janson nous guide à travers les apports majeurs de l'économiste, comme le fameux dilemme du prisonnier, qui illustre de manière saisissante comment, en l'absence de certitude, la coopération n'est pas toujours la solution la plus rationnelle. Ses travaux ont depuis lors irrigué de nombreux domaines, de l'économie industrielle aux relations commerciales internationales.Mais John Nash n'est pas seulement un économiste, c'est avant tout un mathématicien hors pair, qui a marqué des champs aussi variés que la géométrie différentielle ou la topologie. Son parcours personnel, marqué par la maladie mentale, ajoute une dimension romanesque à cette figure fascinante, immortalisée par le film "Un homme d'exception".Au-delà de ses contributions académiques, la grande leçon à tirer est que l'économie n'est pas un monde de décisions isolées, mais un jeu d'anticipations croisées où chacun doit tenir compte des réactions des autres. Une vision de l'économie qui a profondément renouvelé la discipline.
Aujourd'hui dans "Les classiques de l'économie", Charles Bonnaire s'entretient avec Nathalie Janson pour explorer les liens complexes entre la démographie et la croissance économique.Alors que l'on se focalise souvent sur l'innovation, la productivité et l'intelligence artificielle, elle rappelle que la démographie est un facteur essentiel à long terme. Le nombre de travailleurs, le capital disponible et la productivité, trois moteurs clés de la croissance, sont tous influencés par l'évolution démographique.Le « dividende démographique », lorsque la part des actifs augmente par rapport aux enfants et aux retraités, peut en effet stimuler la croissance. Mais ce dividende n'est pas automatique, prévient l'experte. Une population nombreuse doit aussi être formée et qualifiée pour créer de la richesse. Le capital humain, c'est-à-dire l'éducation, la santé et les compétences, est donc un élément central.Or, la baisse de la fécondité dans de nombreux pays de l'OCDE inquiète. Le vieillissement de la population fait craindre un ralentissement de la productivité, avec moins d'actifs pour financer plus de retraités. Certains pays comme la Corée du Sud sont particulièrement exposés à ce défi démographique.Peut-on alors compter sur l'intelligence artificielle pour compenser cette évolution ? Oui, mais à condition de s'accompagner d'un immense effort d'investissement dans le capital humain, prévient Nathalie Janson. L'IA peut aider à maintenir la productivité malgré la contraction de la population active, mais elle ne peut pas se substituer à la relation humaine, notamment dans les secteurs des services.
Aujourd'hui dans "Les classiques de l'économie", Nathalie Janson revient sur l'impact de l'intelligence artificielle sur le marché du travail. Dès le début, le ton est donné : le terme de « job apocalypse » est évoqué, soulignant l'ampleur des bouleversements potentiels. Cependant, Nathalie Janson s'attache à relativiser cette vision catastrophique, s'appuyant sur les travaux récents de l'économiste David Autor. Celui-ci souligne que l'IA n'automatise pas des métiers entiers, mais plutôt certaines tâches spécifiques au sein de ces métiers. Ainsi, un avocat, un développeur ou un analyste conservent des fonctions essentielles que l'IA ne peut pas remplacer.La professeure d'économie met en avant une distinction fondamentale : l'IA peut être utilisée soit pour remplacer le travail humain, dans une logique de réduction des coûts, soit pour augmenter la productivité et l'autonomie des travailleurs, ouvrant la voie à de nouvelles créations de valeur et d'emplois. Ce second scénario, qualifié d'« augmentation », semble plus prometteur aux yeux de Nathalie Janson.Pour illustrer son propos, elle s'appuie sur un mécanisme économique bien connu : lorsque la productivité augmente fortement dans un secteur, cela ne détruit pas nécessairement l'emploi, mais le déplace. Ainsi, les gains de productivité dans l'industrie ont certes réduit les emplois industriels, mais ont aussi permis l'essor d'autres secteurs, comme les services.L'experte souligne également que l'IA, en rendant plus abordables certains services cognitifs comme la rédaction, l'analyse ou le conseil, pourrait stimuler la demande et créer de nouvelles activités, potentiellement sources d'emplois.Cependant, Nathalie Janson ne cache pas que le risque principal n'est pas la disparition de l'emploi, mais plutôt sa transformation et sa polarisation. Certains travailleurs, capables d'exploiter les potentialités de l'IA, verront leur valeur sur le marché du travail augmenter, tandis que les tâches standardisées et répétitives perdront de la valeur.Un point crucial soulevé concerne les jeunes, souvent présentés comme les premières victimes de l'IA. En effet, les postes d'entrée de carrière comportent souvent des tâches simples, susceptibles d'être automatisées. Cela pose donc une question éducative et organisationnelle fondamentale : comment former les compétences de demain ?En conclusion, Nathalie Janson souligne que l'IA n'a pas d'effet prédéterminé sur l'emploi. Tout dépendra de la manière dont les entreprises, les institutions et les travailleurs s'en saisiront. Une trajectoire d'augmentation, utilisant l'IA pour renforcer l'humain, semble plus prometteuse qu'une trajectoire de substitution. Mais quoi qu'il en soit, un accompagnement sera nécessaire pour traverser ces transformations profondes du marché du travail.
Dans cet épisode des « Classiques de l'économie », Nathalie Janson se penche sur un indicateur économique clé : les défaillances d'entreprises. Alors que les chiffres des défaillances ont chuté de manière surprenante pendant la pandémie de Covid-19, ils repartent depuis 2022 à la hausse de façon spectaculaire. La professeure d'économie explique que cette évolution ne reflète pas uniquement un ralentissement économique, mais traduit également la fin d'une période exceptionnelle où l'État est intervenu massivement pour soutenir les entreprises.Les auditeurs découvriront comment les mesures de soutien mises en place pendant la crise sanitaire ont artificiellement maintenu en vie des entreprises fragiles, créant un effet de « zombification » de l'économie. Désormais, ces entreprises fragilisées font face à un contexte économique plus tendu, avec la hausse des taux d'intérêt et de l'inflation, entraînant une vague de défaillances.Elle montre que l'interprétation des chiffres des défaillances n'est plus aussi simple qu'avant la pandémie. Cet indicateur, autrefois considéré comme un « thermomètre » fiable du cycle économique, doit désormais être croisé avec d'autres données, comme la croissance, les conditions de crédit ou les marges des entreprises, pour en saisir toute la complexité.On apprend aussi que cette dynamique des défaillances n'est pas propre à la France, mais se retrouve également dans d'autres pays européens comme l'Allemagne, le Royaume-Uni ou l'Italie, qui ont eux aussi massivement soutenu leurs entreprises pendant la crise.
Dans cet épisode du podcast "Les classiques de l'économie", Nathalie Janson nous plonge au cœur d'un enjeu majeur pour les petites et moyennes entreprises françaises : les délais de paiement. Elle commence par souligner que les délais de paiement ne sont pas seulement un problème technique, mais révèlent un rapport de force économique entre les grandes entreprises et leurs fournisseurs. Elle explique comment les grands donneurs d'ordre, notamment dans des secteurs comme la construction, l'industrie manufacturière ou la grande distribution, imposent des délais de paiement pouvant atteindre 60 jours à leurs fournisseurs, se finançant ainsi à leur détriment. La professeure d'économie dresse ensuite un comparatif saisissant entre la France et ses voisins européens. Alors que la moyenne des délais de paiement en France tourne autour de 40 jours, avec près d'une entreprise sur deux subissant des retards, l'Allemagne affiche des délais plus courts, autour de 30 jours, et seulement 30% d'entreprises concernées. Les pays nordiques font encore mieux, avec moins de 25% d'entreprises touchées par des retards significatifs.Pour expliquer cet écart, elle met en avant plusieurs facteurs clés : une culture du respect des délais de paiement plus ancrée, une réglementation plus stricte et mieux appliquée, une digitalisation plus avancée facilitant la facturation électronique, et un accès au crédit plus fluide permettant aux entreprises de moins se financer sur le dos de leurs fournisseurs.Malgré les efforts de la France pour encadrer les délais de paiement, avec notamment la loi de modernisation de l'économie de 2008, le problème persiste. Nathalie Janson évoque toutefois des pistes d'amélioration, comme le projet de loi Rietmann qui pourrait faciliter les recours en cas de retards de paiement. Cet épisode offre un éclairage détaillé sur un enjeu économique majeur, avec des comparaisons internationales et des pistes de solutions pour aider les PME françaises à surmonter cette difficulté persistante.
Aujourd'hui dans "Les classiques de l'économie", Nathalie Janson nous plonge dans l'univers de Léon Walras, l'un des économistes les plus influents du 19e siècle. Né en 1834, il a longtemps tâtonné avant de trouver sa voie en économie, sous l'influence de son père. C'est à Lausanne qu'il publie en 1874 son œuvre majeure, "Les éléments d'économie politique pure", dans laquelle il formalise l'économie à l'aide d'équations mathématiques. Nathalie Janson nous explique comment Léon Walras a révolutionné la discipline en introduisant l'idée d'équilibre général. Jusqu'alors, les économistes raisonnaient marché par marché, mais Walras affirme que tous les marchés sont interdépendants. Il imagine un mécanisme de "tâtonnement" où un commissaire priseur ajuste les prix jusqu'à ce que l'offre et la demande coïncident sur tous les marchés.Cette vision très centralisée des prix sera plus tard critiquée par Friedrich Hayek, qui y voit une forme de planification. Mais la professeure d'économie nous montre que Léon Walras ne décrit pas le fonctionnement réel de l'économie, mais construit plutôt un modèle théorique, une sorte d'idéal vers lequel le système de marché devrait tendre.Si ce modèle a pu donner l'impression d'un économiste "technocrate", Nathalie Janson souligne qu'il raisonne davantage comme un ingénieur qui modélise un système complexe, sans pour autant proposer un mode d'emploi pour gouverner l'économie.Malgré les critiques, la contribution de Léon Walras reste fondamentale, car il a posé les bases de la microéconomie moderne. Même ses détracteurs s'appuient sur ses travaux. Il nous donne une vision idéale de l'économie à l'équilibre, tandis que Hayek nous explique le processus réel, dynamique et imparfait. C'est peut-être là toute la richesse de l'économie, cette tension permanente entre modèle et réalité.
Aujourd'hui, dans "Les classiques de l'économie", Nathalie Janson nous plonge au cœur du processus d'introduction en bourse, ou IPO (initial public offering). Elle explique les enjeux et les défis auxquels font face les entreprises qui choisissent cette voie de financement et de développement.Tout d'abord, elle évoque les raisons qui poussent une entreprise à franchir le pas de l'introduction en bourse. Au-delà du financement, c'est aussi une question de visibilité et de crédibilité pour l'entreprise, qui doit alors se conformer à un cadre réglementaire plus strict en termes de publications et de transparence. Un passage obligé pour gagner en légitimité auprès des investisseurs.Mais avant d'en arriver là, les entreprises doivent d'abord se financer par d'autres moyens, comme le réinvestissement des bénéfices, l'endettement bancaire ou encore les levées de fonds privés. Nathalie Janson souligne d'ailleurs les difficultés rencontrées en France dans ce domaine, où le capital-risque n'est pas aussi développé que dans d'autres pays.L'épisode met ensuite l'accent sur le cas particulier d'Elon Musk et de sa société SpaceX, qui envisage une introduction en bourse dans les prochains mois. Selon les experts, cette IPO pourrait être l'une des plus importantes de l'histoire, dépassant même celle de Saudi Aramco il y a quelques années. Mais au-delà du montant, c'est surtout la valorisation de SpaceX qui suscite de nombreuses interrogations.Nathalie Janson nous explique en effet que le succès d'une introduction en bourse ne se mesure pas seulement à la levée de fonds initiale, mais surtout à la trajectoire boursière de l'entreprise sur le long terme. Des exemples comme Google, Alibaba ou Facebook nous montrent que les attentes du marché peuvent être déçues, au moins dans un premier temps, avant que l'entreprise ne prouve la solidité de son modèle économique.Cette discussion nous rappelle que l'introduction en bourse est un véritable test de crédibilité pour une entreprise, qui doit convaincre les investisseurs de la solidité de son projet et de sa capacité à générer des bénéfices durables. Un moment décisif qui peut ouvrir la voie à une nouvelle phase de croissance, mais qui comporte aussi son lot de risques et d'incertitudes.
Aujourd'hui Nathalie Janson nous plonge dans les méandres de la classification des biens en économie. Elle nous explique comment cette distinction entre biens essentiels, biens de luxe et biens inférieurs, remontant aux travaux du XIXe siècle, permet de mieux comprendre les comportements de consommation et d'éclairer les décisions publiques.La professeure d'économie démystifie cette typologie qui peut paraître théorique, mais qui a en réalité de nombreuses applications concrètes. Elle nous montre comment l'évolution du revenu des ménages influence la consommation de certains biens plus que d'autres, donnant naissance à ces trois grandes catégories. Les biens essentiels, comme l'alimentation de base, voient leur consommation augmenter moins vite que le revenu, tandis que les biens de luxe, comme le tourisme ou les produits high-tech, sont consommés de manière proportionnellement plus importante lorsque le revenu s'accroît. À l'inverse, les biens inférieurs, comme les produits bas de gamme, sont délaissés au profit d'autres achats lorsque le pouvoir d'achat s'améliore.Au-delà de cette compréhension des comportements individuels, Nathalie Janson souligne l'importance de cette classification pour les entreprises et les pouvoirs publics. Elle explique ainsi comment la nature du bien, essentiel ou de luxe, influence les décisions stratégiques des entreprises, mais aussi les choix de politique économique, en matière de fiscalité ou de régulation par exemple. Une taxe sur un bien de première nécessité n'aura pas les mêmes effets qu'une taxation sur un bien de luxe.
Dans cet épisode des Classiques de l'économie, Stéphane Pedrazzi s'entretient avec Nathalie Janson, professeure d'économie à la Neoma Business School, pour explorer les travaux révolutionnaires de Richard Easterlin, le pionnier de l'économie du bonheur.Richard Easterlin, un économiste américain des années 70, a remis en question l'idée reçue selon laquelle la croissance économique est automatiquement synonyme de plus de bonheur. Son fameux « paradoxe d'Easterlin » montre que si les personnes plus riches sont en moyenne plus heureuses que les plus pauvres, lorsqu'un pays s'enrichit, le niveau moyen de bonheur ne progresse pas forcément dans les mêmes proportions. Nathalie Janson explique les deux mécanismes clés mis en avant par Easterlin pour expliquer ce paradoxe : l'adaptation, où l'on s'habitue à un niveau de revenu plus élevé, et la comparaison sociale, où ce qui compte n'est pas seulement le revenu absolu mais aussi le revenu relatif par rapport aux autres. Ces concepts bousculent la vision classique de l'économie, centrée sur la maximisation de l'utilité individuelle.Les travaux d'Easterlin ont ouvert la voie à toute une branche de l'économie du bonheur, s'inscrivant dans une filiation intellectuelle avec la psychologie, la sociologie et des économistes comme Veblen. Ils remettent en cause l'idée que le PIB soit une mesure suffisante du progrès et invitent à intégrer des dimensions non monétaires comme la santé, les relations sociales ou la sécurité.Bien que ces idées aient inspiré une génération d'économistes et que des indicateurs alternatifs de bien-être émergent, Nathalie Janson explique pourquoi cette approche reste encore marginale : elle bouscule les modèles traditionnels et rend la mesure du bonheur complexe et subjective. Néanmoins, les travaux de l'économiste américain nous invitent à repenser les objectifs des politiques publiques au-delà de la seule croissance économique.
Dans cet épisode des Classiques de l'économie, Nathalie Janson s'entretient avec Stéphane Pedrazzi sur les travaux de l'économiste Erik Brynjolfsson , qui fait le lien entre la Silicon Valley et la théorie économique. Erik Brynjolfsson s'inscrit dans la lignée prestigieuse de Joseph Schumpeter, qui a théorisé le concept de la "destruction créatrice" comme moteur de la croissance économique. Comme Schumpeter, Brynjolfsson considère que les grandes innovations technologiques, comme le numérique et l'intelligence artificielle, ont le pouvoir de transformer en profondeur l'ensemble du système productif. Cependant, l'économiste apporte une explication convaincante au "paradoxe de Solow", qui constatait que malgré l'omniprésence des ordinateurs, la productivité peinait à décoller. Selon Erik Brynjolfsson, le problème tient au temps d'adaptation nécessaire et aux complémentarités organisationnelles à mettre en place. Il formalise cette dynamique sous la forme d'une "courbe en J" : dans un premier temps, les investissements numériques pèsent sur les coûts, tandis que les entreprises accumulent du capital technologique et réorganisent leurs processus. Ce n'est que dans un second temps, une fois ces complémentarités organisationnelles en place, que les gains de productivité apparaissent et s'accélèrent.Brynjolfsson n'a pas inventé le concept de la courbe en J, mais il l'a appliqué de manière novatrice à la diffusion des technologies numériques. Il a ainsi transformé une intuition historique en une analyse opérationnelle appuyée sur des données contemporaines. Ses travaux rejoignent en partie la théorie moderne de la croissance, développée par le prix Nobel Paul Romer, qui souligne le rôle moteur des idées et de l'innovation. Mais Erik Brynjolfsson descend dans les données d'entreprise pour mesurer concrètement l'impact des investissements numériques sur la performance.L'originalité d'Erik Brynjolfsson réside aussi dans le fait qu'il fait du numérique un objet central d'analyse empirique rigoureuse. Il montre notamment que nos statistiques sous-estiment massivement la valeur créée par les services gratuits du numérique. Ses travaux récents sur l'intelligence artificielle générative suggèrent également un phénomène intéressant : les salariés les moins performants pourraient voir leur productivité progresser grâce à cette assistance algorithmique.
Nathalie Janson, professeure d'économie à la Neoma Business School, revient sur la notion de valeur refuge et le rôle du dollar américain dans les périodes d'incertitude.Elle décrypte le concept de valeur refuge, ces actifs vers lesquels les investisseurs se tournent en période de crise. Traditionnellement, l'or, le franc suisse et le dollar américain sont considérés comme des valeurs refuges de référence. Mais Nathalie Janson explique que cette perception a été remise en question en 2025, lorsque les rendements des obligations américaines ont augmenté au lieu de baisser, signe que les investisseurs ont exigé une prime de risque plus élevée pour détenir la dette américaine.Cela s'explique par la dégradation de la situation budgétaire des États-Unis, avec une dette publique dépassant les 120% du PIB et des déficits persistants. "Le dollar n'était plus considéré comme une valeur refuge", indique Nathalie Janson, son statut ayant été "questionné pour la première fois".Pendant quelques semaines, on a alors observé une forme de fragmentation, avec l'or, le franc suisse et le bitcoin progressant comme actifs alternatifs. Mais le déclenchement du conflit avec l'Iran a entraîné un retour très net vers le dollar, les capacités financières et énergétiques des États-Unis rassurant les investisseurs.Nathalie Janson explique ainsi que le dollar demeure une valeur refuge, mais que son statut n'est pas inconditionnel et dépend de la nature du choc. Si le risque vient des États-Unis eux-mêmes, le dollar peut être fragilisé. Mais dans un choc systémique mondial, le réflexe dollar reprend le dessus.
Dans cet épisode captivant des Classiques de l'économie, nous explorons les travaux révolutionnaires de l'économiste américain George Akerlof. Il s'est imposé comme l'un des pionniers de l'économie de l'information, bouleversant les fondements du cadre théorique dominant.Au début des années 70, Akerlof publie un article devenu mythique, « The Market for Lemons », dans lequel il observe que sur le marché des voitures d'occasion, le vendeur connaît mieux la qualité du véhicule que l'acheteur. Cette asymétrie d'informations peut conduire à la disparition des bons véhicules du marché, les vendeurs de voitures de qualité n'étant pas incités à les vendre face à un prix trop bas. Ce constat remet en cause l'hypothèse d'information parfaite qui prévalait alors dans le cadre théorique dominant.Akerlof montre ainsi que l'information imparfaite explique les dysfonctionnements observés des marchés et peut conduire à leur défaillance si elle n'est pas traitée. Son article ouvre la voie à toute une nouvelle branche de l'économie, celle de l'information, qu'il développera aux côtés de Spence et Stiglitz, avec lesquels il partagera le prix Nobel d'économie en 2001.Mais l'apport d'Akerlof ne s'arrête pas là. Dans les années 80, il s'attaque au marché du travail, introduisant l'idée que les salaires peuvent intégrer des normes sociales. Dans ses travaux sur le salaire d'efficience, il montre qu'une entreprise peut payer au-dessus du salaire d'équilibre pour stimuler la motivation et la loyauté des salariés, le chômage devenant alors un phénomène structurel.Au-delà, Akerlof démontre que les individus ne prennent pas leurs décisions uniquement en fonction des prix et des revenus, mais aussi en fonction de la manière dont ils se perçoivent et souhaitent être perçus. L'identité devient ainsi une véritable variable économique à part entière.En somme, Akerlof a contribué à faire sortir l'économie d'un univers mécanique pour l'ancrer dans les comportements réels, intégrant la psychologie, les normes sociales et les asymétries d'information. Un véritable tournant dans l'analyse économique 🔍
Comment une économie bascule-t-elle en mode « guerre » ? C'est la question que se pose Nathalie Janson dans cet épisode des Classiques de l'économie.Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, elle analyse les bouleversements économiques que traverse le pays. Fini le capital et le travail dirigés vers les activités les plus rentables et demandées par les consommateurs. Désormais, la priorité est la défense nationale : l'acier sert aux blindés plutôt qu'aux immeubles, l'énergie alimente les infrastructures stratégiques, les ingénieurs conçoivent des drones plutôt que des applications.Résultat : une explosion des dépenses militaires, qui représentent près d'un tiers du PIB ukrainien. Parallèlement, le PIB s'est contracté d'environ 30% la première année de l'invasion. Les recettes fiscales chutent, les dépenses publiques explosent, et la dette atteint des sommets. Pour combler le manque, l'État s'endette massivement, bénéficie de l'aide étrangère et a recours à la création monétaire. Mais cette dernière, conjuguée à la baisse de la production civile, fait inévitablement apparaître l'inflation. En 2022, elle a atteint 26% en Ukraine.Au-delà de ces bouleversements, la guerre provoque aussi une « épargne forcée » chez les ménages, quand l'offre de biens est restreinte par la destruction des infrastructures et les perturbations logistiques.Alors, comment sort-on d'une telle économie de guerre ? L'exemple de l'Allemagne de l'Ouest après 1945 est parlant : malgré la destruction massive, le pays a connu un « miracle économique » en moins d'une décennie, grâce à une reconstruction s'accompagnant de réformes institutionnelles majeures. L'aide du plan Marshall a joué un rôle d'amorçage, mais c'est bien la solidité des institutions qui a permis aux investissements privés de produire pleinement leurs effets.C'est le défi qui attend aujourd'hui l'Ukraine : la reconstruction estimée à plus de 400 milliards de dollars ne suffira pas. Il faudra aussi rebâtir la confiance des investisseurs, des entrepreneurs et des partenaires européens, en mettant en place des règles du jeu claires, stables et transparentes. Car c'est la qualité des institutions qui transformera cette reconstruction en véritable renaissance économique.
19/02/2025
10/09/2024
02/09/2024
03/06/2024