Les Classiques de l'économie

Radio Classique

Une notion de base de l’économie expliquée par Natacha Valla du lundi au vendredi, à 6h20. Pour ne rater aucun épisode des Classiques de l'économie, n'hésitez pas à vous abonner.   

Dans cet épisode des Classiques de l'économie, Nathalie Janson s'entretient avec Stéphane Pedrazzi sur les travaux de l'économiste Erik Brynjolfsson , qui fait le lien entre la Silicon Valley et la théorie économique. Erik Brynjolfsson s'inscrit dans la lignée prestigieuse de Joseph Schumpeter, qui a théorisé le concept de la "destruction créatrice" comme moteur de la croissance économique. Comme Schumpeter, Brynjolfsson considère que les grandes innovations technologiques, comme le numérique et l'intelligence artificielle, ont le pouvoir de transformer en profondeur l'ensemble du système productif. Cependant, l'économiste apporte une explication convaincante au "paradoxe de Solow", qui constatait que malgré l'omniprésence des ordinateurs, la productivité peinait à décoller. Selon Erik Brynjolfsson, le problème tient au temps d'adaptation nécessaire et aux complémentarités organisationnelles à mettre en place. Il formalise cette dynamique sous la forme d'une "courbe en J" : dans un premier temps, les investissements numériques pèsent sur les coûts, tandis que les entreprises accumulent du capital technologique et réorganisent leurs processus. Ce n'est que dans un second temps, une fois ces complémentarités organisationnelles en place, que les gains de productivité apparaissent et s'accélèrent.Brynjolfsson n'a pas inventé le concept de la courbe en J, mais il l'a appliqué de manière novatrice à la diffusion des technologies numériques. Il a ainsi transformé une intuition historique en une analyse opérationnelle appuyée sur des données contemporaines. Ses travaux rejoignent en partie la théorie moderne de la croissance, développée par le prix Nobel Paul Romer, qui souligne le rôle moteur des idées et de l'innovation. Mais Erik Brynjolfsson descend dans les données d'entreprise pour mesurer concrètement l'impact des investissements numériques sur la performance.L'originalité d'Erik Brynjolfsson réside aussi dans le fait qu'il fait du numérique un objet central d'analyse empirique rigoureuse. Il montre notamment que nos statistiques sous-estiment massivement la valeur créée par les services gratuits du numérique. Ses travaux récents sur l'intelligence artificielle générative suggèrent également un phénomène intéressant : les salariés les moins performants pourraient voir leur productivité progresser grâce à cette assistance algorithmique.
Nathalie Janson, professeure d'économie à la Neoma Business School, revient sur la notion de valeur refuge et le rôle du dollar américain dans les périodes d'incertitude.Elle décrypte le concept de valeur refuge, ces actifs vers lesquels les investisseurs se tournent en période de crise. Traditionnellement, l'or, le franc suisse et le dollar américain sont considérés comme des valeurs refuges de référence. Mais Nathalie Janson explique que cette perception a été remise en question en 2025, lorsque les rendements des obligations américaines ont augmenté au lieu de baisser, signe que les investisseurs ont exigé une prime de risque plus élevée pour détenir la dette américaine.Cela s'explique par la dégradation de la situation budgétaire des États-Unis, avec une dette publique dépassant les 120% du PIB et des déficits persistants. "Le dollar n'était plus considéré comme une valeur refuge", indique Nathalie Janson, son statut ayant été "questionné pour la première fois".Pendant quelques semaines, on a alors observé une forme de fragmentation, avec l'or, le franc suisse et le bitcoin progressant comme actifs alternatifs. Mais le déclenchement du conflit avec l'Iran a entraîné un retour très net vers le dollar, les capacités financières et énergétiques des États-Unis rassurant les investisseurs.Nathalie Janson explique ainsi que le dollar demeure une valeur refuge, mais que son statut n'est pas inconditionnel et dépend de la nature du choc. Si le risque vient des États-Unis eux-mêmes, le dollar peut être fragilisé. Mais dans un choc systémique mondial, le réflexe dollar reprend le dessus.
Dans cet épisode captivant des Classiques de l'économie, nous explorons les travaux révolutionnaires de l'économiste américain George Akerlof. Il s'est imposé comme l'un des pionniers de l'économie de l'information, bouleversant les fondements du cadre théorique dominant.Au début des années 70, Akerlof publie un article devenu mythique, « The Market for Lemons », dans lequel il observe que sur le marché des voitures d'occasion, le vendeur connaît mieux la qualité du véhicule que l'acheteur. Cette asymétrie d'informations peut conduire à la disparition des bons véhicules du marché, les vendeurs de voitures de qualité n'étant pas incités à les vendre face à un prix trop bas. Ce constat remet en cause l'hypothèse d'information parfaite qui prévalait alors dans le cadre théorique dominant.Akerlof montre ainsi que l'information imparfaite explique les dysfonctionnements observés des marchés et peut conduire à leur défaillance si elle n'est pas traitée. Son article ouvre la voie à toute une nouvelle branche de l'économie, celle de l'information, qu'il développera aux côtés de Spence et Stiglitz, avec lesquels il partagera le prix Nobel d'économie en 2001.Mais l'apport d'Akerlof ne s'arrête pas là. Dans les années 80, il s'attaque au marché du travail, introduisant l'idée que les salaires peuvent intégrer des normes sociales. Dans ses travaux sur le salaire d'efficience, il montre qu'une entreprise peut payer au-dessus du salaire d'équilibre pour stimuler la motivation et la loyauté des salariés, le chômage devenant alors un phénomène structurel.Au-delà, Akerlof démontre que les individus ne prennent pas leurs décisions uniquement en fonction des prix et des revenus, mais aussi en fonction de la manière dont ils se perçoivent et souhaitent être perçus. L'identité devient ainsi une véritable variable économique à part entière.En somme, Akerlof a contribué à faire sortir l'économie d'un univers mécanique pour l'ancrer dans les comportements réels, intégrant la psychologie, les normes sociales et les asymétries d'information. Un véritable tournant dans l'analyse économique 🔍
Comment une économie bascule-t-elle en mode « guerre » ? C'est la question que se pose Nathalie Janson dans cet épisode des Classiques de l'économie.Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, elle analyse les bouleversements économiques que traverse le pays. Fini le capital et le travail dirigés vers les activités les plus rentables et demandées par les consommateurs. Désormais, la priorité est la défense nationale : l'acier sert aux blindés plutôt qu'aux immeubles, l'énergie alimente les infrastructures stratégiques, les ingénieurs conçoivent des drones plutôt que des applications.Résultat : une explosion des dépenses militaires, qui représentent près d'un tiers du PIB ukrainien. Parallèlement, le PIB s'est contracté d'environ 30% la première année de l'invasion. Les recettes fiscales chutent, les dépenses publiques explosent, et la dette atteint des sommets. Pour combler le manque, l'État s'endette massivement, bénéficie de l'aide étrangère et a recours à la création monétaire. Mais cette dernière, conjuguée à la baisse de la production civile, fait inévitablement apparaître l'inflation. En 2022, elle a atteint 26% en Ukraine.Au-delà de ces bouleversements, la guerre provoque aussi une « épargne forcée » chez les ménages, quand l'offre de biens est restreinte par la destruction des infrastructures et les perturbations logistiques.Alors, comment sort-on d'une telle économie de guerre ? L'exemple de l'Allemagne de l'Ouest après 1945 est parlant : malgré la destruction massive, le pays a connu un « miracle économique » en moins d'une décennie, grâce à une reconstruction s'accompagnant de réformes institutionnelles majeures. L'aide du plan Marshall a joué un rôle d'amorçage, mais c'est bien la solidité des institutions qui a permis aux investissements privés de produire pleinement leurs effets.C'est le défi qui attend aujourd'hui l'Ukraine : la reconstruction estimée à plus de 400 milliards de dollars ne suffira pas. Il faudra aussi rebâtir la confiance des investisseurs, des entrepreneurs et des partenaires européens, en mettant en place des règles du jeu claires, stables et transparentes. Car c'est la qualité des institutions qui transformera cette reconstruction en véritable renaissance économique.
19/02/2025
10/09/2024
02/09/2024
03/06/2024