Le Souffle du Diable et le soupir de Dieu

Jean-Pierre Guéno

Lecture par Jean-Pierre Guéno de très courtes histoires écrites par lui, rassemblées dans le livre éponyme.

Saison 1 - Épisode 34 - 28/01/2023
Saison 1 - Épisode 38 - 21/01/2023
Saison 1 - Épisode 33 - 21/01/2023
Saison 1 - Épisode 42 - 21/01/2023
Le lien du catéchisme et de la mauvaise foi Il arrive trop souvent qu’un élu en service commandé vienne réciter sans une véritable conviction, et sans enthousiasme particulier son catéchisme sur les plateaux des chaînes d’information: pour le spectateur ou pour l’auditeur, l’exercice relève alors de la purge, d’une forme de corvée dont l’élu ne sort pas indemne. En laissant au vestiaire ou dans le salon de maquillage sa bonne foi, en préférant le nez de Pinocchio à celui de Cyrano, en endossant la panoplie de l’automate, en hypothéquant sa sincérité et donc sa crédibilité, il ou elle devient une machine à démotiver. Trop nombreux sont les solistes qui interprètent mot pour mot leur monologue pour éléments de langage et langue de bois préfabriqués, et qui en viennent à saouler ceux qu’ils devraient convaincre. Alors il faut avaler la potion amère avec son goût d’huile de foie de morue frelatée qui aurait été appauvrie en Oméga-3. La démocratie fait ici penser aux premières minutes de la mythique série «Mission impossible»créée dans les années 1960 et remise en vogue dans les années 1980 : dans chaque épisode, l’équipe reçoit des instructions laissées sur une cassette ou sur un support numérique qui s’autodétruit après son écoute. A chaque épisode, la langue de vent du locuteur autodétruit une parcelle de démocratie pendant son écoute. La démocratie est comme la planète: sa couche d’ozone est fragile. Elle est sensible à cette vaporisation de néant qui caractérise trop de discours sans vrais projets émis par des orateurs qui se transforment en bombes aérosols ou en piètres extincteurs. Foin de mauvais catéchisme. Nous pourrions être tentés de composer une prière adressée à certains de nos élus lorsqu’ils ont tendance à devenir des hommes et des femmes de peu de foi, voire de mauvaise foi. «Notre élu qui parlez devant un hémicycle désert et qui sévissez devant la mousse des micros et sous le feu des projecteurs protégez nous du vide, protégez-vous du bide et délivrez-nous de l’indifférence.» Jean-Pierre Guéno
Saison 1 - Épisode 32 - 14/01/2023
Saison 1 - Épisode 31 - 07/01/2023
Saison 1 - Épisode 30 - 03/12/2022
Saison 1 - Épisode 29 - 05/11/2022
La mémoire du compromis. Après le Covid, la France souffre d’un nouveau virus: celui du compromis. Parfois la novlangue politique crée des mots absurdes. Parfois la novlangue s’empare de mots qu’elle rend absurdes mais qui Dieu merci ont un ADN: traduire «étymologie» en bon français. Lorsque j’étais enfant, une expression à la fois horriblement triviale et effroyablement sexiste disait «Con promis chose due». Certains l’attribuaient à Coluche. Le mot compromis est déjà en lui-même une compromission lorsque le dictionnaire cherche à le définir: «Contrat par lequel deux personnes s'en rapportent au jugement d'un arbitre pour régler leur différend dans une affaire douteuse.» «On se résigne à un compromis». Le mot est dit. Le compromis relève de la résignation.Il se résigne donc d’autant plus facilement. Le compromis a quasiment toujours lieu aux dépens de quelqu’un ou de quelque chose. Compromettre, c’est «promettre en même temps». Nous y voilà. Posture de ponce Pilate. Archétype de la duplicité. Le compromis est toujours une défaite, ou une victoire à la Pyrrhus, c’est-à-dire une fausse victoire. On pourrait lui préférer des mots plus subtils et plus positifs, comme le mot «concession». Mais le mot «compromis» pue le désengagement, la tiédeur, la renonciation, la compromission, la connotation négative. Les synonymes de «compromettre» le confirment : «Abîmer, ternir, hasarder, diminuer, blesser, altérer, ébrécher, nuire, discréditer, mettre en péril, entacher…» Les antonymes aussi: «affermir, assurer, garantir, justifier, renforcer, respecter.» Tel est donc le mot, le comportement qui fait figure de modèle devant des individus déjà recroquevillés sur eux-mêmes, souvent frileux, souvent désengagés. Certains osent parler d’un «art du compromis». Le mot ne relève pas de l’art mais du fléau, de la malédiction, de la calamité. Mais il est révélateur. Il est déjà, et il restera emblématique de l’année 2022. Il devrait figurer en bonne place dans les œuvres et dans les tableaux de Jeanne Bordeau, alias Jane Bee, qui relève chaque année depuis 15 ans «Les mots de l’année» triés en une dizaine de thèmes. En 1940, l’appel du 18 juin refusait tout compromis. Angela Merkel disait un jour que «Quand il s’agit de dignité humaine, nous ne pouvons pas faire de compromis». En ces années 20, pour que l’avenir soit moins piteux, il serait bon que la génération des «twenties» refuse d’être celle des compromis mais reste celle des défis.Ou alors on pourrait dire en plagiant la chanson de Juliette Greco qui rêvait qu’on la déshabille:«Sachez me posséder, me consommer, me consumer. Compromettez-moi, Compromettez-moi». Jean-Pierre Guéno
Saison 1 - Épisode 28 - 22/10/2022
La mémoire de l’escrologie. «L’escrologie» est un mot valise qui a déjà 38 ans, et qui a été employé pour la première fois en 1984 dans Le courrier de la nature, magazine bimestriel français consacré à la nature et à sa protection, édité par la «Société nationale de protection de la nature et d’acclimatation de France», association à but non lucratif et reconnue d’utilité publique Escrologie résulte de la fusion d’escroc et d’écologie. De l’infectiologue au tabacologue, à l’heure où tout le monde est intronisé «ogue» en quelque chose, l’escrologue pourrait être un spécialiste en escrocs et en étude de l’escroquerie. Il pourrait également s’introniser «jeanfoutrologue». Il aurait intérêt à se pencher sur des sujets toujours brûlants tels que les éoliennes, les panneaux solaires, la voiture électrique ou les produits bio qui sont des cash machines et des pompes à finance bien avant de symboliser des causes de salut public et qui servent aux gouvernants et aux élus, tous bords politiques confondus de dérivatifs, de thèmes de diversion. Trop de politiques, trop de médias en quête d’audience crient avec les loups, accréditent des escroqueries et discréditent des valeurs sûres. J’ai eu le plaisir de diriger l’édition de quatre livres sur quatre impostures écologiques tous publiés aux Editions Hugo Doc dans la collection que j’ai créée et qui est destinée aux lanceurs d’alertes, aussi appréciée par ceux qui en ont assez d’être menés en barque que redoutée par certains cabinets de Lobbying. Il y a eu La peste éolienne de Patrice Cahart, L’arnaque de la voiture propre de Nicolas Meunier, Le mirage bio de Laurent Pahpy, Nucléaire de Pierre Audigier sur la grande méprise des anti-nucléaires et pour ce qui est de la complaisance de trop de médias en perte d’esprit critique, Médias le grand errement de Nicolas Vidal. L’Etat continue à subventionner avec nos impôts des escroqueries écologistes tout en tolérant l’inacceptable comme le chauffage des terrasses des cafés et des brasseries en plein hiver. Si l’on continue à chauffer la rue l’hiver à grand coups de rayons infrarouges ou de parasols à gaz, c’est pour satisfaire un autre lobbyurbain : celui des cafetiers et des brasseurs. On nous dit que des marchands ont mis la planète à l’encan. Ils continuent à le faire. Ils sont devenus des virtuoses du greenwashing. Le vert, couleur dont les collègues de Molière pensaient qu’elle portait malheur, devrait donner à réfléchir plus qu’à endormir. Vue de l’espace notre planète n’est pas verte. Elle est bleue et trouve aujourd’hui un point de convergence avec le web: elle reste une grande matrice mais elle est devenue une immense poubelle. Jean-Pierre Guéno
Saison 1 - Épisode 27 - 08/10/2022
Marianne a du souci à se faire. Elle est en proie à un harcèlement de plus en plus intense et systématique qui relève du viol et de la maltraitance. Longtemps la fonction publique a été tournée vers les autres et vers l’intérêt général, c’est à dire vers nous-mêmes. Elle procédait d’une religion républicaine et des écoles ou des instituts de formation aujourd’hui décriés ou disparus formaient des templiers et des templières du service public obsédés par autrui. Mais certains adeptes de l’ultralibéralisme ont dévalorisé la fonction publique après l’avoir décriée, dépréciée, vilipendée. Les salaires n’y ont pas seulement été arrasés par la stagnation du point de la fonction publique ou par l’inflation. Ils y ont été pulvérisés, alignés sur le SMIC comme ce fut le cas des gardiens de prisons qui en 20 ans sont passés de 1,5 fois le SMIC au SMIC tout nu, ou celui des enseignants qui sont passés de 2,5 fois le SMIC à 1,5 fois le SMIC. Trop d’entre nous et trop de nos élus ont un double langage qui s’intensifie. Il y a ce que nous affichons, une compassion plus ou moins sincère et toujours populiste.Il y a ce que nous faisons, ou plutôt ce nous défaisons avec une insondable hypocrisie, un incroyable cynisme. Les salaires des recrutés dans la fonction publique n’ont pas seulement stagné. Ils ont gravement régressé. L’inflation générale ne fait à présent que prendre la relève de l’augmentation du coût du logement et du coût des transports. Beaucoup d’agents de la fonction publique sont aujourd’hui des salariés du privé avec des statuts précaires. Disparue la garantie d’emploi qui dissuadait de la corruption et qui avait cependant pour défaut de transformer certains fonctionnaires en cerbères inamovibles. Dans quel monde voulons-nous vivre? Dans un monde déshumanisé où la fonction publique ne serait tournée vers personne et qui n’attirerait plus que des personnels démotivés cherchant à fuir le chômage? Dans un tiers monde administratif dont les corps d’inspection auraient disparu au point qu’il ne s’inspecterait plus lui-même? Dans une fonction publique sans statut national, pulvérisée départementalisée et médiévalisée sous couvert de décentralisation, de déconcentration et de régionalisation? A l’heure où la cohérence européenne pourtant indispensable a bien du mal à s’installer, la cohérence nationale se délite alors même que les deux cohérences devraient entrer en synergie. Nous sommes des apprentis sorciers, des adeptes du bowling qui jouent aux quilles avec la fonction publique en accumulant les «strike». Nous avons un côté «terminator» et nos missiles sont comparables à ceux de Poutine: ils n’engendrent que des ruines. Ils font l’impasse sur l’ADN de la république comme sur celui de ses administrations et de ses grandes entreprises publiques pour la plupart privatisées. La République est en danger parce que sa fonction publique est menacée. Elle tient aujourd’hui d’une peau de chagrin. On connait depuis longtemps les paradis fiscaux. Ils ne faisaient sans doute qu’annoncer le triomphe des républiques financières qui procèdent du totalitarisme des puissances de l’argent et des fonds de pension et qui imposent une fausse liberté qui fait l’impasse sur l’égalité comme sur la fraternité. Marianne est comme le timbre rouge: elle se virtualise. Puisse-t-elle ne pas s’effacer après s’être estompée. Jean-Pierre Guéno
Saison 1 - Épisode 26 - 24/09/2022
La mémoire des canaris. Il y a les maîtres de l’harmonie: les horlogers, les accordeurs de pianos, les chefs d’orchestre, les maîtres de chorale. Ceux qui gouvernent en s’efforçant de rassembler. Et puis il y a les chevaliers des clivages et de la zizanie, les templiers de la fracture. Ceux qui s’efforcent de diviser. Ceux qui «dégouvernent» en semant la tempête et la partition. Longtemps nous avons vécu l’expérience du coq gaulois au sommet de sa girouette lorsqu’il régnait sur les quatre points cardinaux. Il y avait le nord, le sud, l’est et l’ouest. Le coq donnait l’heure solaire. Il nous situait dans le temps comme dans l’espace. Son premier cri situait l’aube et son dernier chant ponctuait le crépuscule. La basse-cour était «genrée». La poule caquetait, lepoussinpépiait, le coq chantait. Et puis en basculant dans «l’en même temps», tout est devenu beaucoup plus confus. La volière parlementaire s’est compliquée. Les coqs se sont mis à caqueter, les poules à chanter, les poussins à piailler. Le cri du coq est devenu une pollution sonore. La basse-cour n’a plus seulement désigné le domaine attribué aux gallinacés mais celui des courtisans serviles. Elle est devenue très basse. On m’a dit que celui qui gouvernait la basse-cour avait d’abord fait croire qu’il était le maître du temps, du jour et de la nuit, et qu’il s’était pris pour un horloger alors qu’il n’était encore qu’un apprenti. Qu’il s’était pris pour le coq. Qu’il avait vite montré qu’il n’était que le maître du blé. Qu’il ne semait pas le grain après l’avoir rationné. Qu’il le distribuait, qu’il le répartissait à sa manière. En arrivant au pouvoir, on m’a dit qu’il avait trouvé des structures sociales et politiques très affaiblies. On m’a dit qu’il avait su les gauchir en prétendant les réparer. Gauchir: «déformer». Prendre une mauvaise direction. S’écarter du vrai et du bien, s’égarer. On m’a dit qu’il avait voilé les ressorts et les rouages du système, qu’il avait démonté trop vite une montre qu’il ne savait pas remonter et que les boussoles elles-mêmes avaient fini par perdre le nord. Pourtant le temp coule, à l’image du sable de nos vanités. Mais lui nous survit. Et le coq avec lui tant que nous ne lui réserverons pas le sort des canaris dans les mines de charbon: Au XIXesiècle, alors que l’exploitation des mines battait son plein, il était fréquent de retrouver, au fond des galeries, des canaris en cage. Très sensible aux émanations de gaz toxiques, impossibles à détecter pour les hommes ne bénéficiant pas des équipements modernes, le petit oiseau jaune servait d’outil de référence. Ainsi, lorsqu’il mourait ou s’évanouissait, les mineurs se dépêchaient de sortir de la mine afin d’éviter une explosion ou une intoxication imminentes. Puisse notre coq de girouette nous protéger des coups de grisou planétaires sans pour autant rendre son dernier cri. Jean-Pierre Guéno
Saison 1 - Épisode 25 - 10/09/2022
Le lien de l’aspérité Les systèmes mis en place par les EHPAD à but spéculatif récemment dénoncés par le livre intitulé Les fossoyeurs et qui aurait pu être titré Les vidangeurs ne laissaient plus aucune place au hasard. Ils étaient programmés pour vampiriser leurs pensionnaires et transformaient les «mère grand» des contes de mauvaises fées en petits chaperons rouges victimes de leurs dirigeants indignes et sans scrupules qui se comportaient en loups avides, à l’image de cette directrice générale de l’un des leaders du marché qui gagnait beaucoup mieux sa vie que celle du Groupe Orange. Lorsque le quotidien d’un être humain est réglé comme du papier à musique, normé, programmé, la vie n’est plus qu’une aspiration par le vide, une sorte trou noir, de siphon qui l’aspire vers le néant. La vie doit inclure sa part de désordre à l’image des chambres de nos adolescents qui nous ont tant fait bouillir. Un brin de foutoir, un bouquet d’imprévu, la perspective de la surprise. L’être humain est comme un alpiniste qui grimpe à mains nues. Sans aspérités, il n’a plus prise sur rien. Lorsqu’un individu est pris en charge à 300%, lorsqu’il subit le quotidien au lieu d’en rester un tant soit peu l’acteur , alors il régresse. Il se grabatise. Il est aliéné. Il abdique. Il devient la victime d’un temps qui passe et qui le tue. Nous avons besoin d’être utiles aux autres. Certains EHPAD activaient leurs pensionnaires à 11H du matin et les recouchaient à 14H. Ils les plongeaient en état de léthargie. Le temps devenait à leur image, incontinent. Ces mouroirs de vieux en batterie étaient à l’image des élevages de poules industriels. A présent, ceux qui continuent à diriger ces Gantanamo du grand âge prétendent en faire des «entreprises», des sociétés «à mission», singeant les entreprises du service public qui sont en voie de disparition dès lors qu’elles ne sont plus tournées vers l’intérêt général. Ils vont continuer à mentir comme ils l’on fait depuis 20 ans en prétendant que leurs établissement étaient médicalisés, revendiquant les médecins et les infirmières qu’ils ne recrutaient pas, et convoquant le cas d’urgence les pompiers ou le Samu. Ils vont s’inventer des «engagements responsables», se fabriquer «une raison d’être ambitieuse et réaliste» après avoir fait de leur métier des machines à priver leurs victimes de toute raison d’être, après avoir été les tristes chevaliers de l’emprise et de l’abus de faiblesse. Le dictionnaire nous apprend que ces illusionnistes d’un nouveau genre déguisent leurs établissements criminels en leur donnant «statutairement une finalité d'ordre social ou environnemental en plus de leur but lucratif.» Ils prétendent œuvrer pour le «bien commun». Aux confins de l’EHPAD et du crématorium on va bientôt décarboner le silverwashing. On va blanchir l’argent sale gagné sur le marché honteux du grand âge, de la dépendance et de l’obsolescente programmée et préméditée des êtres humains. Un nouveau commerce triangulaire. On arrache les vieux à leurs domiciles et à leurs racines. On les déplace. On spolie leur patrimoine. On les prive de leur dignité. En les maintenant dans le manque d’hygiène, en les obligeant à vivre dans leur fumier, on les inclue de leur vivant dans le processus qui génère le grand compost universel. Quand vous franchissez le seuil doré d’un EHPAD à but spéculatif, vos jours sont comptés. Votre date de péremption est programmée. On va vous essorer le plus rapidement possible de vos richesses. Le turn over fera le resteet pour plagier la chanson de Jacques Brel: «Au suivant». Revoyez le film inspiré du romanSoleil vertpublié en 1966 par l'écrivainaméricainHarry Harrison. L'action se déroule àNew Yorken 2022! Découvrez ce monde décrit il y a plus de 56 ans: les océans y sont mourants, lacaniculey est présente toute l'année en raison de l'effet de serre, conduisant à l'épuisement des ressources naturelles, à lapollution, à lapauvreté, à lasurpopulationet à l'euthanasievolontaire. La plupart des habitants n'ont pas les moyens d'acheter des aliments naturels, les prix étant exorbitants. Ils en sont réduits à manger des produits de synthèse, fournis par lamultinationaleSoylent Industries, sous forme de tablettes carrées de couleur jaune, rouge ou bleue. Un nouvel aliment vient cependant d'être lancé, leSoylent Green(Soleil verten français); beaucoup plus nutritif, cet aliment est extrêmement cher et disponible uniquement le mardi. On finit par apprendre que le«Soleil vert» est fabriqué avec les corps des gens euthanasiés à l’image du bétail utilisé pour nourrir la planète. Vous voulez trouver une alternative aux mouroirs du grand âge qui grabatisent leurs pensionnaires entre quatre murs "Téflon" ? Allez musarder sur le site https://www.cettefamille.com/ ou bien lisez l'article d'Ouest France sur Paul Alexis Jourdren https://www.ouest-france.fr/societe/seniors/alternative-aux-ehpad-chez-cettefamille-on-peut-vieillir-comme-si-on-etait-chez-soi-ff75f27a-7f69-11ec-96be-f0c0563e9325 Jean-Pierre Guéno
Saison 1 - Épisode 8 - 23/06/2022
Saison 1 - Épisode 2 - 02/05/2022
Saison 1 - Épisode 1 - 02/05/2022
Il se pourrait que le bug du 21ème siècle ne soit pas le mythe de celui de l’an 2000, qui était censé porter sur le format de la date dans les mémoires des ordinateurs,mais celui de la tergiversation. Tergiversation, du latin tergiversatio« tergiversation, lenteur calculée, détour ». Le mot désigne l’ensemble des moyens mis en œuvre pour éluder ou retarder une décision, une réponse, un engagement précis. Il a des synonymes terribles: «atermoiement,dérobade, faux-fuyant, louvoiement». On en aboutirait presque à la procrastination, le fait d’ajourner, de remettre au lendemain ce que l’on pourrait faire dans l’instant. L’air du temps est à la tergiversation. Judiciarisation aidant, le fait de recourir de préférence à des solutions judiciaires pour régler des litiges plutôt qu’à l’accord amiable ou à la médiation. D’un côté la nouvelle signature de la marque Peugeot«Motion& e-motion» qui revendique la transition vers la voiture hybride ou électrique. De l’autre celle qui pourrait parapher la posture de nombre de leaders, élus ou proclamés: «Inhibition et tergiversation». Le principe de précaution appartient à la novlangue de l’inaction. Il justifie toutes les lenteurs. Il exclue, il diabolise la notion de prise de risque, inhérente à la vie. Procréer? C’est une prise de risque. Entreprendre? C’est une prise de risque. S’engager? C’est une prise de risque. Décider? C’est une prise de risque. A force de ne pas gouverner, ceux font mine de diriger prennent un risque fatal et bien supérieur à tous les autres: celui de se conduire en irresponsables, en individus qui à force d’avoir peur de leur ombre finissent par devenir les chevaliers du chaos. Comme dans toutes les crises, chacun renvoie la patate chaude à son prochain: les civils aux militaires et réciproquement. Les politiques aux administrations et réciproquement. Le secteur public au secteur privé et réciproquement. Jean-Pierre Guéno
Les tristes extensions de l’inceste et de la pédocriminalité C’est un aigle noir qui enlève Ganymède dans une toile de Rembrandt plus de trois siècles avant que Barbara n’écrive sa chanson évoquant l’inceste pédocriminel commis par son père à son encontre. Mais au-delà du peintre et de la chanteuse, la pédocriminalité et l’inceste font des ravages là où l’on ne les attend pas; elles ont de curieuses extensions : la pédocriminalité, c’est aussi la prostitution et le travail forcé des enfants. La pédocriminalité c’est ce qui consiste à fabriquer des enfants soldats. La pédocriminalité, c’est encore ce qui consiste à initier trop tôt les enfants à la religion, à les conditionner, à les embrigader, à les talibaniser, à les formater prématurément, à les aliéner sous emprise, à la manière des sectes et à leur imposer trop tôt ce qui devrait relever bien ultérieurement du choix et du libre-arbitre. L’inceste, c’est aussi le crime de la discrimination et du racisme tant il est vrai que les hommes qui refusent de nouer des relations avec les étrangers, qui refusent l’universalisme et qui ne visent qu’à édifier le mythe d’un sang pur et sans mélange finissent par prôner le mythe toxique et stérilisant d’une société vouée au néant parce qu’incestueuse. Très paradoxalement, l’eugénisme peut relever de l’inceste, dans la mesure où il pousse l’homme à vivre, à se comporter, à se reproduire en boucle, et en fin de compte à se couper de la diversité de ses semblables, comme de la diversité de ses croyances et de ses Dieux. La diversité, c’est la richesse. L’uniformité, c’est la pauvreté. La pédocriminalité et l’inceste sont donc deux formes de monstruosités qui relèvent de l’absence de conscience chez ceux d’entre nous qui à force de nier l’existence de l’âme et de refouler leurs états d’âme, prouvent peut-être qu’ils ont perdu leur âme, parce qu’ils l’ont sacrifiée très tôt sur l’autel de la barbarie et du déni. Jean-Pierre Guéno
Le lien furtif de la honte J’ai le souvenir tout neuf d’un cauchemar d’adulte comparable à ceux de ma petite enfance, et qui m’a réveillé dans la sueur et dans l’angoisse. C’était la terrible image de fin d’un meeting politique. Des êtres qui se croyaient humains gesticulaient en brandissant les drapeaux d’un pays qu’ils prétendaient être celui des droits de l’homme, et qui ce soir-là mêlait tristement les trois couleurs dénaturées du blues, de la banquise et du sang versé. Et tous entonnaient «On est chez nous! On est chez nous!», ce chant qui a déjà servi à d’autres partis de l’extrême, ce slogan venu du fonds des âges et de la barbarie, parce qu’il crucifie pour l’éternité ce divin enfant que nous célébrons à Noël et qui est le plus célèbre de tous les migrants persécutés, pourchassés, lorsqu’il devient, avec ses parents, lors de la fuite en Égypte, le plus connu de tous les sans-papiers de l’histoire du monde. Le «on» du «On est chez nous!» est un pronom indéfini. Il n’est plus un pronom personnel. il n’a pas la même valeur que «nous». Il représente tout le monde, en général, mais personne en particulier. Il est anonyme. Il a la portée et la valeur de ces lettres anonymes qui visent à éliminer l’autre après l’avoir dénoncé. La violence de mon cauchemar m’a fait penser aux autres migrants. A tous ceux des écritures: Adam et Eve, expulsés du paradis, les Rois mages, les passagers de l’Arche de Noé, premiers réfugiés climatiques, la migration d’Abraham auquel Dieu offrit une terre et une descendance, la migration de Joseph en Egypte, l’Exode, la recherche de la terre promise, le peuple de Moïse traversant la mer rouge, celui de Josué traversant le Jourdain. Jésus le réfugié. Jésus-Christ ressuscité, que ses proches ne reconnaissent pas, et qui se manifeste dans toute sa gloire et sa splendeur en tant qu’immigrant: « J’étais un étranger et vous m’avez recueilli ». Les prophètes ne cessent de raconter l’espérance, les peurs, les angoisses et la souffrance de peuples en exil. Notre vie passagère n’est rien d’autre qu’un processus migratoire. Nous sommes tous des étrangers et des voyageurs sur terre. Notre quête, que nous soyons croyants ou que nous ne le soyons pas, n’est qu’une errance, une migration permanente vers l’espoir d’un monde meilleur doté d’une coutume sacrée: celle de l’hospitalité. Tout pèlerin est un migrant par définition. Tout exilé mérite accueil et protection. Les adeptes de la théorie du «grand remplacement» sont ceux de l’échange standard qui consiste à déposer son âme pour la remplacer par du vide. Nous devons apprendre à repousser les frontières. A assumer notre condition humaine qui fait de nous des chevaliers de l’éphémère, des nomades de l’âme, des migrants de l’espoir, des locataires de passage, des passagers clandestins provisoires. Et nous n’aurons peut-être pas à entonner un autre hymne furtif aussi pesant que l’autre «Honte sur nous! Honte sur nous!». Je rêve d’un drapeau tricolore dont le bleu soit celui de la couleur de l’Europe et de l’ONU, le blanc celui de la couleur de la paix, et le rouge, celui de ce sang que l’on donne, que l’on transfuse, que l’on échange, et qui est beaucoup trop précieux pour être versé. Jean-Pierre Guéno.
Le lien du repas Tous les grands moments de communion de la vie humaine se terminent par un repas: baptêmes, communions, unions, enterrements. Sans parler des dîners d’adieu dont le plus célèbre fut celui de la Cène, réunissant les douze apôtres autour du Christ dans toutes les religions chrétiennes. Mais il arrive que ces repas n’engendrent pour dessert que drames et zizanie sous l’effet désinhibant de l’alcool. Les élections pourraient relever de la Cène et non de la scène de ménage. Les prétendants au suffrage universel pourraient y prétendre partager le pain et le sang de la vie au lieu de nationaliser le premier et de verser le second. Au terme de la Cène, le Christ délivre à ses disciples un 11ème commandement: «Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres» aux antipodes de celui des candidats qui pourrait être «Haïssez-vous les uns les autres, comme je vous ai détestés, haïssez-vous les uns les autres». Le candidat imprécateur que l’on sait risque de nous faire en réalité sortir de l’ère Chrétienne parce qu’il est un prêcheur de haine. La force du 11ème commandement du Christ, c’est qu’il remet en question les deux premiers commandements de son père qui sont ceux d’un Dieu autoritaire et jaloux, d’un dieu qui punit au lieu de pardonner, d’un Dieu orgueilleux qui accorde trop de place à la vengeance et au châtiment. Dès le Moyen Âge, il y a seize siècles, la Cène a fait l’objet d’un pastiche qui tourne en dérision la cène originelle: La Cène de Cyprien. Dieu, le roi Joël, y donne unbanquetgrandiose en l’honneur de son fils. On y retrouve les principaux personnages de l’Ancienet duNouveau Testament, depuis Adam et Eve jusqu’à Jésus-Christ. Les sièges qu’ils occupent rappellent un épisode de leur vie. Ainsi,Adamprend place au centre,Èves’assoit sur une feuille de vigne,Abelsur une cruche de lait,Caïnsur une charrue,Noésur son arche,Absalonsur des rameaux,Judassur une cassette d’argent. On sert àJésusdu vin aux raisins secs qui porte le nom de “passus“, parce qu’il a connu “laPassion“. Après la première partie du banquet antique,Pilatepasse les rince-doigts,Marthefait le service;Davidjoue de la harpe,Hérodiadedanse,Judasembrasse tout le monde;Pierre, qui s’endort, est réveillé par un coq. On mange, on boit, on discute, on s’échauffe, on se bagarre. Le dîner tourne à la rixe. Dans le tumulte, des objets sont dérobés, on se traite mutuellement de voleur, et à la fin on désigne un bouc émissaire que l’on va mettre à mort pour expier les péchés. C’estAgarqui est choisie, la servante de Sarah, la concubine d’Abraham, et la mère d’Ismaël. Son sacrifice sauve la compagnie, et on lui fait des funérailles solennelles. On comprend le rôle que la farce qui tourne souvent en tragédie a joué dans les origines du théâtre et pourquoi des comédiens furent excommuniés dès leconcile de Carthage, en 398 après JC. Toutes les religions du monde ont un jour évoqué le nom de Dieu pour faire le mal, ne serait-ce qu’en se retournant les unes contre les autres. Les hommes libres sont ceux qui se libèrent de l’esclavage par l’amour de l’autre et en mettant fin à la tyrannie de leur Ego.
La mémoire des inquisiteurs Les terroristes de la pensée sont des gens qui font passer les différences pour des incompatibilités. Longtemps l’église et la religion catholique qui ont façonné mon berceau spirituel ont été tristement redoutables et toxiques dans ce domaine. En France, mais pas que, l’inquisition a embrasé plus d’un siècle les épisodes d’un odieux thriller national dont Jeanne d’Arc pourtant si souvent récupérée par des catholiques radicalisés, fut l’une des principales victimes, en étant brulée à l’égal d’une sorcière. Hérésie, dogme, autodafé, torture, bûcher, supplice, dislocation, brûlures, mutilations, aveux, confessions, rétractations, tels sont les mots clef d’une calamité qui a également touché l’Espagne et le Portugal, avant de franchir les mers, et qui relève d’un état d’esprit qui fait encore aujourd’hui des adeptes. L’inquisition est un fléau qui ne se contentait pas de toucher les vivants mais qui cherchait à effacer jusqu’à la mémoire des morts en démembrant les corps consumés de ceux qu’elle avait martyrisé, en brisant leurs os et en jetant dans un second brasier des morceaux de leurs dépouilles pour que leurs cendres soient dispersées dans les eaux courantes d’une rivière ou d’un fleuve. Ce programme « nacht und nebel » avant la lettre nazie soulignait la capacité des inquisiteurs à essayer de radier les conséquences de leurs méfaits de la mémoire humaine. Que les bourreaux en aient été des prêtres, des religieux, des nazis, des staliniens, des maoïstes ou des talibans, tous sont arrivés à imposer des dogmes par la terreur et par la persécution et à inciter des enfants à dénoncer et donc à renier leurs propres parents. Le fanatisme n’a épargné aucune religion. Au temps de l’inquisition, des catholiques qui se prétendaient chrétiens en sont venus à crucifier leur prochain ! L’église catholique a préféré canoniser nombre de tortionnaires de l’inquisition plutôt que de célébrer la mémoire des martyrs qu’elle avait suppliciés avant de les éliminer. Mais les religions n’ont pas le monopole de l’inquisition. Pierre Chaunu nous a rappelé que la Révolution française avait fait plus de morts en un mois au nom de l’athéisme que l’Inquisition au nom de Dieu pendant tout le Moyen-Âge et dans toute l’Europe. Les inquisiteurs ont toujours été des sortes de commissaires politiques, de magistrats honteux. Il est intéressant de rappeler la définition que l’on donnait de l’inquisiteur au 17ème siècle : « Officier d'un tribunal estably contre les Juifs, Les Mores & les Heretiques, pour s'enquerir de ceux qui pechent contre la Foy. » Les juifs et les arabes étaient déjà ciblés. Les inquisiteurs ont toujours cherché des victimes expiatoires afin d’expier, de vivre leurs névroses paranoïaques par procuration.
Le lien des étoiles. La faute de goût, la faute balistique du gouvernement français n’était pas de pavoiser provisoirement l’arc de triomphe avec le drapeau européen au moment où la France allait assumer pour six mois la présidence tournante du conseil de l’Union Européenne, mais d’isoler à chaque point cardinal de la place de l’étoile une étoile sur un rectangle bleu. Les 12 étoiles du drapeau de l’Europe n’ont un sens que dans leur multiplicité. Elles ont mis un terme à un siècle de barbarie qui a poussé des élites dévoyées et hantées par leur avidité coloniale à instrumentaliser les peuples européens pour qu’ils se déchirent et à réimporter dans les frontières de l’Europe toute la violence sanguinaire de la guerre coloniale qui a ravagé le monde à partir de 1830. Il faut relire Paroles de poilus et le propos visionnaire de Martin Vaillagou adressé depuis le front à ses très jeunes fils daté du 26 août 1914: «Vous travaillerez toujours à faire l’impossible pour maintenir la paix et éviter à tout prix cette horrible chose qu’est la guerre. Ah! la guerre quelle horreur!… villages incendiée animaux périssant dans les flammes. Etres humains déchiquetés par la mitraille : tout cela est horrible. Jusqu'à présent les hommes n’ont appris qu'à détruire ce qu'ils avaient créé et à se déchirer mutuellement. Travaillez, vous, mes enfants avec acharnement à créer la prospérité et la fraternité de l'univers.» Il faut relire Paroles de poilus et le propos visionnaire de Louis Barthas daté de février 1919: «Ah ! si les morts de cette guerre pouvaient sortir de leur tombe, comme ils briseraient ces monuments d’hypocrite pitié, car ceux qui les y élèvent les ont sacrifiés sans pitié. Souvent je pense à mes très nombreux camarades tombés à mes côtés. J’ai entendu leurs imprécations contre la guerre et ses auteurs, la révolte de tout leur être contre leur funeste sort, contre leur assassinat. Et moi, survivant, je crois être inspiré par leur volonté en luttant sans trêve ni merci jusqu’à mon dernier souffle pour l’idée de paix et de fraternité humaine.» Il faut relie enfin les stances de Jean Giono polytraumatisé de la bataille de Verdun:«Je te reconnais, Devedeux qui a été tué à côté de moi devant la batterie de l'hôpital en attaquant le fort de Vaux. Ne t'inquiète pas, je te vois. Ton front est là-bas sur cette colline posé sur le feuillage des yeuses, ta bouche est dans ce vallon. Ton œil qui ne bouge plus se remplit de poussière dans les sables du torrent, Ton corps crevé, tes mains entortillées dans tes entrailles, est quelque part là-bas sous l'ombre, comme sous la capote que nous avons jetée sur toi parce que tu étais trop terrible à voir et que nous étions obligés de rester près de toi car la mitrailleuse égalisait le trou d'obus au ras des crêtes. Je te reconnais, Marroi, qui as été tué à côté de moi devant la batterie de l'hôpital en attaquant le fort de Vaux. Je te vois comme si tu étais encore vivant, mais ta moustache blonde est maintenant ce champ de blé qu'on appelle le champ de Philippe. Je te reconnais, Jolivet, qui as été tué à côté de moi devant la batterie de l'hôpital en attaquant le fort de Vaux. Je ne te vois pas car ton visage a été d'un seul coup raboté, et j'avais des copeaux de ta chair sur mes mains, mais j'entends, de ta bouche inhumaine, ce gémissement qui se gonfle et puis se tait. Je te reconnais, Veerkamp, qui as été tué à côté de moi devant la batterie de l'hôpital en attaquant le fort de Vaux. Tu es tombé d'un seul coup sur le ventre. J'étais couché derrière toi. La fumée te cachait. Je voyais ton dos comme une montagne. Je vous reconnais tous, et je vous revois, et je vous entends. Vous êtes là dans la bruine qui s'avance. Vous êtes dans ma terre. Vous avez pris possession du vaste monde. Vous m'entourez. Vous me parlez. Vous êtes le monde et vous êtes moi. Je ne peux pas oublier que vous avez été des hommes vivants et que vous êtes morts, qu'on vous a tués au grand moment où vous cherchiez votre bonheur.» Les morts ne sont la propriété d’aucune nation. Et c’est plus vrai encore lorsqu’ils sont la conséquence de nos guerres ou de nos pandémies. Tous sont les enfants de la terre qui les porte avant de les engloutir de façon plus ou moins prématurée suivant les tristes caprices et les horribles tragédies de notre histoire.