L’heure du crime : les archives de Jacques Pradel

RTL

"L’Heure du crime" vous propose de redécouvrir des affaires criminelles marquantes, à travers les archives de l’émission animée par Jacques Pradel. Du vendredi au dimanche, trois épisodes vous emmènent au cœur de ces enquêtes, avec les témoignages de ceux qui les ont vécues. Une plongée dans les dossiers qui ont marqué l’histoire criminelle.

C'est l'une des histoires d'espionnage les plus incroyables du XXe siècle. En 1964, Bernard Boursicot, un jeune comptable français de 20 ans en poste à l'ambassade de France à Pékin, rencontre Shi Pei Pu, un acteur d'opéra chinois. Une histoire d'amour commence entre eux. Shi Pei Pu prétend être une femme élevée comme un garçon pour satisfaire son père qui voulait un fils. Bernard tombe amoureux, croit en cette histoire et leur relation dure près de vingt ans. Plus tard, Shi annonce une grossesse. Shi présente plus tard un enfant, Bertrand, prétendument le fils biologique de Bernard. Puis, en 1983, tout bascule. Les deux hommes sont arrêtés en France pour espionnage. C'est alors qu'Bernard découvre avec stupeur la vérité sur celui qu'il aimait depuis vingt ans. Shi Pei Pu est un homme, et l'enfant qu'il croyait être le sien a en réalité été acheté. Pendant toutes ces années, Shi l'avait froidement manipulé dans le but de lui soutirer des documents confidentiels de l'ambassade. Aveuglé par un amour sincère, Bernard avait transmis sans le savoir des informations classifiées aux services secrets chinois, devenant ainsi, malgré lui, un espion au service de Pékin. Lors du procès, qui fait sensation, Bernard affirme n'avoir jamais su la vérité. Comment n'a-t-il rien remarqué pendant vingt ans ? Bernard explique qu'il était profondément amoureux. En 1986, les deux hommes sont condamnés à six ans de prison, avant d'être graciés l'année suivante par François Mitterrand. Cette affaire hors du commun a inspiré la célèbre pièce M. Butterfly en 1988. Elle demeure aujourd'hui l'une des histoires d'espionnage les plus étranges jamais relatées, mêlant amour absolu, manipulation et trahison.
Tommy Recco est l'un des plus anciens détenus de France. Son parcours criminel débute en octobre 1960, lorsqu'il assassine son parrain, un garde maritime, afin d'éviter une amende liée à la pêche à la dynamite. Par conséquent, il est condamné en décembre 1962 à la réclusion criminelle à perpétuité. Cependant, il est libéré en novembre 1977 pour bonne conduite. Néanmoins, il récidive rapidement. En décembre 1979, il commet un braquage sanglant au supermarché Mammouth de Béziers. Il tue trois caissières d'une balle dans la nuque pour dérober 700 000 francs. En janvier 1980, dans la Carqueiranne dans le Var, Tommy Recco veut acheter une arme. Le vendeur refuse, les deux hommes se disputent et Recco l'abat. Un voisin arrive pour aider, mais il est tué à son tour. Enfin, la fille du vendeur, âgée de onze ans, est également assassinée pour qu'elle ne témoigne pas. Ainsi, afin de comprendre son mobile les experts psychiatriques l'identifient. Il le caractérise comme un homme violent et impulsif qui le conduit à des flambées de violence incontrôlée. Il est donc condamné en juin 1983 à la réclusion criminelle à perpétuité avec une peine de sûreté de dix-huit ans. Il reste alors incarcéré de 1980 à 2025, principalement au centre de détention de Borgo en Haute-Corse, malgré 22 demandes de libération conditionnelle. En 2023, il saisit la Cour européenne des droits de l'homme, aussi sans succès. Finalement, le 20 novembre 2025, il décède à l'hôpital de Marseille suite à un cancer. Il a donc passé 62 années de sa vie en prison, ce qui en faisait le plus vieux détenu de France au moment de sa mort.
Robert Durst, héritier milliardaire américain, est longtemps resté libre malgré de multiples soupçons de meurtres. En 1982, sa femme Kathie disparaît sans laisser de traces dans un contexte de violences conjugales. En 2000, Susan Berman (une amie de Robert Durst) est tuée d'une balle dans la tête à Los Angeles. Puis, en 2001, le corps démembré du voisin de Durst est retrouvé au Texas. Robert reconnaît l'avoir tué mais plaide la légitime défense et est acquitté grâce à ses avocats. Tous les autres meurtres ne l'inquiètent pas et l'enquête ne progresse pas. Mais en 2010, tout bascule. Un réalisateur sort un film sur la vie du milliardaire. Flatté, Durst accepte de participer à une série documentaire. C'est à ce moment précis que l'histoire prend un tout autre tournant. À la fin d'une interview pour le documentaire, croyant son micro coupé, Durst murmure : « Je les ai tous tués ». Ces quelques mots relancent spectaculairement l'affaire. De ce fait, le 14 mars 2015, Robert Durst est arrêté dans un hôtel de la Nouvelle-Orléans. Dans sa chambre, les enquêteurs découvrent 40 000 dollars en liquide, un masque en latex, un pistolet chargé, de faux documents d'identité et, surtout, un billet pour Cuba. Durst pensait fuir une dernière fois, mais il ne le pourra pas. Il est condamné à la prison à perpétuité. Mais il n'a pas le temps d'y passer de longues années. Il meurt en janvier 2022, à 78 ans, dans un hôpital pénitentiaire. Cette histoire fascine parce qu'elle mêle fortune, manipulation, déguisements, soupçons de meurtres en série et incroyable sentiment d'impunité.
L'affaire débute en juillet 1889 à Paris avec la disparition de maître Toussaint-Augustin Gouffé. Quelques semaines plus tard, un corps en décomposition est découvert dans une malle près de Millery, dans le Rhône. L'enquête permet progressivement d'identifier le cadavre comme étant celui de Gouffé. Dès le début de l'enquête, les soupçons se portent sur Gabrielle Bompard et Michel Eyraud, un couple qui a acheté la malle dans laquelle le corps est retrouvé. En réalité, ces deux criminels cherchaient à voler l'argent de Gouffé. Ils pensaient que l'huissier possédait une importante somme d'argent, soit sur lui, soit dans son étude. Ils préparent donc un piège minutieux. Leur plan est mis à exécution selon un scénario établi à l'avance. Gouffé est étranglé au cours d'un faux jeu de séduction. Cependant, après le meurtre, les assassins constatent que leur victime n'a pas d'argent sur elle. Eyraud se rend alors seul à l'étude de Gouffé avec les clefs de sa victime. Mais dans la pénombre et la précipitation, il ne trouve pas les 14 000 francs qui s'y trouvent. Le crime reste donc sans butin. Le corps est ensuite dissimulé dans la malle et expédié par train jusqu'à Lyon, puis abandonné près de Millery. Après le crime, les deux suspects s'enfuirent vers les États-Unis. Ils furent finalement retrouvés. Michel Eyraud fut reconnu coupable du meurtre. Il fut condamné à mort et exécuté par guillotine. Gabrielle Bompard fut condamnée à vingt ans de prison. Elle fut finalement libérée avant d'avoir purgé toute sa peine. Cette affaire devint un immense feuilleton judiciaire et médiatique. Elle fut particulièrement emblématique car elle marqua les débuts de la police scientifique. Elle constitua également un moment clé dans l'histoire des médias. L'affaire éclata au moment où naquit en France la grande presse populaire illustrée. Les journaux rivalisèrent pour publier la physionomie « exacte » des accusés à partir de photographies judiciaires. Les complaintes criminelles vendues dans la rue transformèrent l'affaire en récit populaire, moral et spectaculaire.
C'est l'histoire de Nestor Pirotte, l'un des plus grands criminels belges du XXe siècle. Nestor est né le 5 janvier 1933 en Belgique dans une famille modeste. Il rêve dès l'enfance d'être un aristocrate. Quand il était enfant, il jouait avec les enfants du châtelain (Seigneur possesseur d'un château ou d'une maison forte). Il commence alors à adopter leur vocabulaire, leurs habitudes comme séduire, manipuler, mentir, ou bien voler. Néanmoins, tout bascule. Son obsession pour l'argent et la reconnaissance le pousse au crime. En avril 1954, à 21 ans, il assassine sa grand-tante pour lui voler de l'argent. Arrêté trois jours après, il est condamné à mort en octobre 1955. Sa peine est transformée en prison à vie. Il est libéré en mars 1968 après 14 ans de prison. Deux mois plus tard, il se fait passer pour un comte et tue un banquier à Genval. Arrêté, il simule la folie et reste en psychiatrie jusqu'en 1979 pour en sortir un an plus tard. Ainsi en 1980, il est libéré et trouve un emploi à Verviers. Cependant, le 11 décembre, un massacre se produit au restaurant "La Vieille France" à Spa. La propriétaire, ses deux employés et leur chien sont retrouvés morts, tandis que le fils de la propriétaire a disparu. De plus, un détail trouble les gendarmes. Sur l'ardoise du restaurant figure le nom "Nestor". Or, Pirotte est un habitué des lieux. C'est en janvier 1981, que le corps du fils est retrouvé. Pirotte devient alors immédiatement le suspect numéro un de ce quadruple homicide. Il est arrêté en février 1981 mais par fautes de preuves matérielles, il bénéficie d'un non-lieu. Toutefois, ayant violé les conditions de sa libération conditionnelle, il est renvoyé en prison. Néanmoins, dans la nuit du 2 au 3 août 1981, Nestor Pirotte s'évade. Il frappe à nouveau. Il se fait passer pour un comte auprès d'un antiquaire bruxellois, puis le tue pour le voler. Pirotte est retrouvé, arrêté et commuée en réclusion à perpétuité. Il réessayera de s'évader, mais sa tentative échoue. Les années passent et Nestor Pirotte meurt, le 29 juillet 2000, derrière les barreaux à 67 ans, d'une crise cardiaque. Nestor Pirotte reste l'un des criminels les plus redoutés du XXe siècle belge : l'homme qui rêvait d'être noble et qui finit dans l'oubli le plus total.
Andras Pándy naît en 1927 en Hongrie. En 1956, après l'insurrection de Budapest, ce pasteur protestant s'installe à Bruxelles. Dès lors, il prend la tête d'une petite communauté hongroise. Pendant des décennies, il cultive l'image d'un homme respectable. Pourtant, derrière cette façade se cache un monstre. Dans des maisons délabrées du quartier du canal, il impose sa loi par la terreur. Dès son enfance, il soumet sa fille aînée Agnès à des viols répétés. Progressivement, sous son emprise psychologique, elle devient sa complice. Mais les violences sexuelles ne sont que le début d'une spirale meurtrière. Il commence à tuer sa première épouse. Puis, sa seconde femme, plusieurs de ses enfants et ses beaux-enfants. Les mobiles sont la domination, la jalousie et la volonté d'éliminer les témoins gênants. Les victimes sont tuées dans les caves. Puis les corps sont découpés, dissous ou dispersés près des abattoirs d'Anderlecht. Pour masquer ces disparitions, il élabore un système complexe avec de nombreux stratagèmes : faux alibis, fausses lettres, faux divorces en Hongrie et cartes postales envoyées par des figurants. Cependant, tout bascule en 1992. Agnès se rend au commissariat pour dénoncer son père. Malheureusement, Pándy réussit à la faire passer pour folle. La plainte est donc classée sans suite. Néanmoins, en 1996, le contexte change. Après l'affaire Dutroux, la justice belge réexamine toutes les disparitions suspectes. L'enquête sur Pándy reprend alors. Et c'est en septembre 1997, que la découvre des restes humains dans sa cave. Cette découverte mène à son arrestation et à celle de sa fille également. Lors de son procès en 2002, Pandi nie tout. Agnès finit par avouer sa participation à plusieurs meurtres et révèle un système criminel familial glaçant. Le père est condamné à perpétuité et sa fille à 21 ans de prison. Cette affaire demeure l'un des dossiers criminels les plus effroyables de l'histoire judiciaire belge.
En mai 1993, une prise d'otages dramatique s'est déroulée dans une école maternelle de Neuilly. Un homme masqué et cagoulé a fait irruption dans une classe. Il sera plus tard surnommé "Human Bomb" par les médias. Dès son entrée, il a présenté un document écrit pour ne pas révéler sa voix. Cette feuille annonçait clairement une prise d'otages. Ses exigences étaient précises et menaçantes. Il demandait l'évacuation immédiate de l'établissement scolaire et interdisait formellement toute intervention des forces de l'ordre. Ses menaces visaient directement les 21 enfants et leur institutrice, Laurence Dreyfus. Son comportement était paradoxal. Les enquêteurs notaient un décalage entre ses menaces et son attitude envers les enfants. Il ne semblait pas vouloir les blesser directement. Pourtant, il portait des sacs et une ceinture remplie d'explosifs. Des négociations ont été menées par le RAID. Chaque avancée permettait la libération d'un enfant contre une rançon de 100 millions de francs en billets usagés, des lingots d'or et un véhicule pour fuir. Après 46 heures de tension, une décision cruciale s'imposait. Le RAID a lancé l'assaut pour sauver les six dernières fillettes et l'institutrice. Human Bomb a été neutralisé pendant son sommeil. Cette action radicale visait à l'empêcher d'activer son dispositif explosif. Cette crise a laissé des traces durables chez tous les acteurs du drame : enfants, parents, enseignants, policiers, secouristes et journalistes.
L'Ordre du Temple Solaire (OTS) est un mouvement ésotérique fondé à la fin des années 1970 en Suisse par Luc Jouret, un médecin belge, et Joseph Di Mambro, un homme fasciné par l'ésotérisme et les mystères templiers. Présenté comme une fraternité initiatique, l'OTS a rapidement pris l'allure d'une secte, attirant des adeptes en quête de spiritualité et de réponses, souvent issus de milieux aisés. Les fondateurs, charismatiques et manipulateurs, ont su convaincre leurs membres de remettre à l'organisation l'essentiel de leurs biens, promettant un « transit » vers l'étoile Sirius, censé les transformer en êtres de lumière. Entre 1994 et 1997, l'OTS est au cœur d'une série de drames : 74 personnes, dont 11 enfants, périssent lors de suicides collectifs et de meurtres au Canada, en Suisse et en France. Les mises en scène macabres, les corps disposés en étoile et les incendies volontaires marquent les esprits. Derrière ces actes, la frontière entre suicide collectif et assassinat reste floue : certains adeptes ont été drogués, d'autres abattus, et des zones d'ombre persistent sur l'implication de complices ou de commanditaires jamais identifiés. L'affaire a profondément choqué l'opinion publique et laissé de nombreuses questions sans réponse, malgré les enquêtes menées dans plusieurs pays. Aujourd'hui encore, le mystère demeure sur les véritables motivations des gourous, la nature exacte des événements et la responsabilité des survivants. L'OTS reste un symbole des dérives sectaires et de la fascination dangereuse que peuvent exercer certains mouvements sur des individus en quête de sens.